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À moi

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Je n’ai pas demandé à avoir un père absent ni à être abusée par celui qui aurait dû le remplacer. Celui qui aurait dû m’aimer, m’enseigner comment une femme devrait être traitée. Pourtant , j’en ai payé le prix. Je le paie encore. Il m’a fallu du temps pour accepter que la décision de ma mère de se marier avec lui après qu’il ait souillé mon enfance n’a rien à voir avec ce que je suis. Que suis-je ? Qui suis-je ?

Adolescente, ma meilleure amie d’alors eut à me dire : l’histoire avec tes parents t’affecte plus que tu ne le penses. J’aurais tellement aimé qu’elle eut tort ; qu’elle ait menti ! Aujourd’hui, je me redécouvre. Je réalise que toute l’énergie que j’ai dépensée à être présente et à vouer une loyauté presqu’infaillible à mes amis était qu’une invocation à être validée. Cette validation, je l’ai aussi cherchée auprès des hommes. Après, tu es arrivé . Je n’étais pas encore prête à t’aimer. Sans m’en rendre compte, tu t’étais épuisé avant que je le sois. Pardonne-moi de m’être perdue. J’ai cru que notre amitié, mon inconditionnel soutien même au milieu de tes histoires de culs, nous conduiraient hors de ce chaos. Ce n’est pas le cas. J’en suis anéantie…

Au monde , cessez de voir en moi une femme forte! Je ne suis pas une femme. Je ne le suis pas encore. Je suis cette petite fille délaissée, déshonorée, mal-aimée qui n’aspire qu’à grandir. Oui j’aspire à devenir celle que je suis destinée à être. Entre temps, je me laisse au chagrin que je mérite peut-être. Je me permets de te pleurer, de me pleurer. Cette douleur, je veux la sentir ; je veux qu’elle m’imprègne. Elle est mienne ! Aussi intense soit-elle, je la prends. Elle fait dorénavant partie de moi. Je veux ressentir la douleur à visiter ta tombe et la mienne. À y déposer des fleurs. Je porterai ton deuil jour après jour jusqu’à celui où j’oublierai de le faire. Je pourrai alors me détacher de mon passé qui ne me définit pas. Je chercherai cet amour en moi. Je me serai loyale. Je me validerai. Je serai femme. Je serai guérie. Je serai moi: lumière.

Au père que je n’ai pas eu
À celle que j’étais
À celle que je suis
Et à celle que je dois être.

Stephyole De Saritha Edmond

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