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Aux origines de l’Ergothérapie

Temps de lecture : 8 minutes

L’Ergothérapie est une science du domaine paramédical utilisant les activités comme moyen de traitement chez les personnes atteintes d’une déficience physique, mentale et/ou intellectuelle ou vivant dans un contexte social ne favorisant point un niveau de vie fonctionnel comme la prison, les asiles ou toute autre personne dans une condition qui la limite socialement autant que les drogués et les refugiés (immigrants). Ethymologiquement, ce terme provient de deux expressions : Ergon qui signifie activités ou travail (occupations) et Therapia qui prend le sens de soins ou traitement1. C’est donc, une forme de traitement qui consiste à utiliser des activités comme outil thérapeutique. Traduit de l’anglais Occupational Therapy, c’est, en d’autres termes, une thérapie réalisée par le biais de l’occupation, c’est-à-dire certaines activités significatives, relatives à l’âge, à la pathologie et au contexte de vie du patient. Ceci dit, l’occupation, l’élément de base, la pierre angulaire de cette discipline, est considérée comme l’ensemble des tâches, des activités et des défis auxquels les gens font face soit quotidiennement, hebdomadairement ou mensuellement ; que ce soit à la maison, à l’école, au travail, dans un cercle amical, religieux ou social.

L’origine de l’ergothérapie remonte à plusieurs dizaines d’années, soit au début du vingtième siècle.

En Amérique du nord, dans les milieux psychiatriques appelés autrefois asiles pour les aliénés, des spécialistes comme Adolf Meyer, s’inspirant du médecin français Philippe Pinel, réalisaient combien était-ce important pour les gens d’avoir quelque chose à accomplir au cours de leurs journées. Ces malades mentaux connaissaient des périodes de break (arrêt des crises) considérables étant mentalement occupés et soumis à des activités comme l’empilage des chaises et des travaux de champs. En Europe, la première et la seconde guerre mondiale donnent un essor et une extension considérables à l’ergothérapie. Encore une fois, aux côtés des exercices physiques, l’occupation était aussi utilisée chez les soldats, qui après les temps de guerre, se trouvaient en situation de handicap dû à des amputations, des déficits cognitifs et mentaux. Le traitement visait une réinsertion sociale en leur facilitant les tâches qu’ils accomplissaient dans leurs activités quotidiennes2. De fait, aujourd’hui, la principale mission de tous les ergothérapeutes est l’autonomisation des personnes atteintes d’une déficience physique ou mentale ; c’est faire en sorte que la personne puisse vivre pleinement sa vie en dépit de sa condition particulière. C’est aider la personne à rester fonctionnel en ayant la capacité de faire tout ce qu’elle faisait avant, même de manière modifiée. Ces activités peuvent être aussi simples que prendre son bain, enfiler ses vêtements, aller au travail ou prendre du plaisir avec ses amis à son retour. À l’heure actuelle, en France, il y a plus de 23 institutions délivrant des cours en Ergothérapie et chaque année, un nombre de neuf cent professionnels en Ergothérapie sont gradués.

Aujourd’hui, l’ergothérapie est pratiquée sur presque toute la surface de la planète avec une cote beaucoup plus élevée en Europe et en Amérique du Nord.

L’occupation, la pierre angulaire de la profession d’Ergothérapie

L’occupation, la clé de voûte de l’Ergothérapie, la cheville ouvrière, constitue l’ensemble des activités, des tâches qui ont une signification culturelle et personnelle (Polatajko & Townsend 2007). L’occupation, en tant qu’objet d’étude de la science qui découle de l’Ergothérapie et la soutient, nous la comprendrons comme un phénomène, c’est-à-dire quelque chose qui apparait devant nous quand une certaine personne exerce une certaine activité dans un environnement physique, social et temporel déterminé, avec une forme, un sens et un but qui s’influencent mutuellement4. Chaque jour, nous nous réveillons avec de nouvelles idées, des choses à accomplir, des défis à relever au fil de nos journées. Si la vie est une pièce de théâtre, nous avons ¬ chacun – notre rôle à jouer. De fait, certains sont devenus médecins, avocats, ingénieurs et d’autres agronomes, secrétaires etc. Ce que nous faisons quotidiennement définit en grande partie ce que nous sommes et c’est là le principe de l’Ergothérapie.

Ainsi, l’enfant doit jouer, l’étudiant doit écrire, la secrétaire doit taper sur son ordinateur, le forgeron doit travailler son métal, les personnes en âge avancé doit arroser ses fleurs… Que sont-ils si on leur enlève tout ça ? Que sont-ils s’ils ne peuvent plus faire ce qu’ils veulent ou ce qu’ils pouvaient ? Que sommes-nous si nous restons sans activités dans une maison ? Que devenons-nous si nos journées jadis remplies sont remplacées par des jours semblables l’un à l’autre par défaut d’occupation ? Devrions-nous cesser de vivre et même d’exister en raison d’une pathologie ou d’une condition quelconque ? L’enfant qui est autiste, n’a-t-il le pas le droit de grandir dans un environnement où il peut s’épanouir ? C’est en fait à ce moment qu’intervient l’Ergothérapie. Le professionnel ergothérapeute doit veiller à ce que la personne ait une certaine autonomie de part sa déficience ou son trouble en question. La profession d’Ergothérapie vise la santé, le bien-être et la justice sociale à travers l’occupation. L’ergothérapeute croit qu’en dépit de nos manquements, de nos limitations, des barrières sociétales et culturelles, nous sommes bons à quelque chose et que nous pouvons réaliser des merveilles parce que derrière cette personne quoique ‘’ malade ’’, il y a un être vivant, un humain pour ainsi dire.

Où en sommes-nous avec l’Ergothérapie en Haïti ?

La première cohorte de professionnels en Ergothérapie formés en Haïti va recevoir le diplôme en ce mois de décembre 2019 et ces trois étudiantes – Ramona J. Adrien, Stephyole De S. Edmond, Marthe Gabriel, venues de la FSRL (Faculté des sciences de Réhabilitation de Léogane) vont être les pionnières de la profession en Haïti. Ajoutés à ces dernières, il y a quelques autres tenanciers de centres de réhabilitation dans le pays à l’instar d’Autumn Marshall de Myriam Center à Port-de-Paix, d’Yvens Louis de FONHARE à Ouanaminthe, de Consuelo Alzamora M. de FONTEN aux Cayes, d’Ashley Kahila de Respiré à Gressier et remarquablement Mme Janet O’Flynn, Doyenne de la FSRL (Faculté des sciences de Réhabilitation de Léogane, la seule école d’Ergothérapie en Haiti. En somme, moins de dix d’ergothérapeutes pour environ dix millions d’habitants où dix pour cent 10% de la population présentent une déficience mentale ou physique selon un rapport de l’ONU3. La moisson est grande mais il y a peu d’ouvriers. Le chantier est même énorme. En effet, c’est une véritable bravade pour les futurs diplômés, le ministère de la santé publique et tous les organismes qui œuvrent dans le domaine de la réadaptation en Haïti.

La profession peu connue (ou mal connue), la population haïtienne ne profite pas vraiment des miettes disponibles même étant imbue du peu de centres qui offrent un service d’Ergothérapie. En conséquence, après un AVC, cas très courant en Haïti, légion sont les personnes qui deviennent invalides par manque de soins thérapeutiques. Plus d’un passe le reste de la vie à être totalement dépendant jusqu’à mourir d’une privation occupationnelle sanglante. Il est courant de remarquer des personnes amputées d’un membre quémander dans les rues. Il est commun que les enfants avec des conditions particulières n’aillent pas à l’école faute d’institutions spécialisées à leurs besoins. Le peu de résidences pour les personnes âgées du pays n’ont aucune structure qui offrirait aux gens un moyen de rester fonctionnels. Ne s’ennuie-t-on pas à force de ne rien faire ? N’envie-t-on pas ceux qui ont toute leur vigueur et qui prennent plaisir à la vie ? N’a-t-on pas le droit de gagner sa vie malgré sa situation ? Pour reprendre l’idée de Socrate :  » le travail (l’occupation) nous éloigne de trois choses ; l’ennui, le vice et le besoin « .

Comme Francis Leclerc eut à dire :  » Il n’y a pas meilleure manière de tuer un homme que de le payer à ne rien faire ». Nous sommes faits pour interagir avec les autres, bouger, accomplir des choses et finalement vivre et par vivre, nous évoquons le fait de pouvoir se laver, manger, boire, s’habiller, aller au travail, aller à son club de lecture ou de dance, retourner et dormir avec le sentiment d’avoir gouté au bonheur. Après tout, ne sommes-nous pas des êtres humains doués d’intelligence, de capacité et la détermination d’exister de par nous-mêmes ? L’Ergothérapie, un fil qui permet de tisser toute une vie, disait Nicol Korner-Bitensky.

Wood Guerlin TELLUS ; Étudiant en 3ème année d’Ergothérapie à la FSRL

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À propos Wood Guerlin Tellus

Je suis Wood Guerlin TELLUS, étudiant en Sciences de Réhabilitation ( Ergothérapie ) à l'Université Épiscopale d'Haïti.
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