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Changement de système: la formule creuse passe-partout des politiques haïtiens

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Le 7 février 1986 marquait la fin d’un règne pour faire place à un autre. Le pays se débarrassait enfin du regime dictatorial, ayant duré 29 ans, pour embrasser la démocratie. Cette dernière loin d’être un bon système, reste néanmoins, comme le disait Churchill, le moins mauvais.

Des changements, Haïti en a connu !  La famille dictatoriale chassée le 7 février 1986, les libérateurs se dotent d’une nouvelle constitution  : celle du 29 mars 1987. Ça y est! Le peuple redevenu libre, se paye toutes les libertés. Ah ces droits qu’il s’est vu priver pendant des années!  Quel a été donc le but déjà ?  Ah oui, c’était un changement de système  ! Changement de système mais pourquoi ?

Radiographie

Après son indépendance en 1804 et sa consécration comme étant la première République noire du monde, Haïti a vécu dans l’ombre du changement. Elle s’est vu diriger avec presque tous les régimes politiques qui existent: connaissant l’Empire, la Royauté, ensuite la République pour sombrer dans la dictature pour enfin retourner à la démocratie . Aujourd’hui encore, ce discours passe-partout revient : on parle d’aménagement, de changement de système. La seule différence est que cette fois nul ne sait lequel sera le prochain. Il est à se demander si nous, nous avons vraiment demandé à la veille d’un chamboulement de quoi sera fait le lendemain. Puisque nous sommes déjà servis de la forme dérivée de la démocratie qu’est la démagogie comme l’avait appelé Aristote dans son livre “La politique”, allons-nous tout simplement tout chambouler pour reconstruire une nouvelle démagogie ?

À chaque crise et à chaque obstacle, la première idée qui surgit à l’esprit des opposants haïtiens est le renversement du système en place sans pour autant se demander ce qu’est vraiment le système en place. Cette pratique devenue chronique a longtemps servi de boussole lorsque survient le moment de faire face à une crise. “Changeons de système” tel a toujours été le plan B de nos dirigeants et opposants lorsqu’il y a danger en la demeure. Ces derniers oublient souvent qu’ils en sont les fils, les acteurs dont Martelly avec ce même discours. L’Etat qu’il a dirigé restera dans les annales de la corruption. Si bien qu’Aristide et lui se disputent le titre pendant que les Duvalier caracolent en troisième position. Monsieur Aristide parlait aussi de changement de système. Le président Jovenel, lui…hum !

Ainsi, après vingt-neuf ans sous l’emprise d’un système oppresseur qui a coûté la vie à des milliers de personnes. Plus d’un dirait aujourd’hui que ce système leur a tout pris tels leur liberté, leur “mounité”, leur famille, leurs amis et surtout le peu de courage que leur a laissé les ancêtres. Nous sommes nombreux à tenir ce discours hallucinant : Haïti se portait mieux sur les Duvalier. Pourtant de nombreux courageux ont, du prix de leurs vies, permis à la nation de franchir le seuil de la démocratie.

Ce qui donne à présent le droit  à chaque Haïtien  de dire non à toute injustice et à toute anormalité de sa condition de vie. C’est ce qui est d’ailleurs à l’origine de nombreuses revendications depuis des décennies en ce XXI e siècle. Cependant ce n’est pas suffisant ! C’est ce qui justifie d’ailleurs qu’on soit en quête perpétuelle d’un nouveau système ou qu’on se mette à regretter les années sombres de la dictature.

En Haïti dès qu’il est question de changement de système, plusieurs raisons font surface telles: lutte contre la pauvreté, l’éradication de la corruption, l’amélioration des conditions de vie des citoyens, réduction du taux d’inflation pour ne citer que ceux-là. Pour que ces choses puissent se réaliser, les acteurs politiques ne proposent jamais mieux que de mettre fin du chapitre pour passer à un autre. Cependant ils oublient qu’un système ne se constitue pas uniquement de nouvelles règles et de nouveaux dirigeants, mais aussi de nouvelles idées, c’est-à-dire d’une nouvelle mentalité.

En seulement deux siècles, le pays a connu vingt-trois constitutions, cinquante-huit chefs d’Etat, vingt-deux premiers ministres alors qu’il existe certains pays où leurs constitutions existent depuis des siècles. Il en existe d’autres où les chefs d’Etat dirigent durant des décennies. Malgré tous ces changements dans la vie politique et sociale, en ce 21e siècle, Haïti occupe les place ci-après : dix-neuvième dans la liste des pays les plus pauvres du monde, vingt-deuxième dans la liste des pays les plus corrompus, quatrième  dans la liste des pays les plus sales du monde. Pour finir, selon une étude réalisée par l’institution londo, Quacqualli Symonds (QS) pour l’année académique 2019-2020(1), Haïti ne figure pas dans la liste des 400 meilleures universités de l’Amérique latine et des Caraïbes. Les acteurs politiques haïtiens  se livrent depuis des décennies dans une lutte acharnée pour la conquête du pouvoir à dessein de ‘’mete peyi a sou chanjman’’, alors que ce dernier est en chute libre dans quasiment tous les domaines.

Toutefois, ceci n’empêche pas cela, car, malgré la situation alarmante dans laquelle vogue la population haïtienne, il y a des actuels et anciens dirigeants haïtiens qui se font appeler millionnaires. Dès lors, la question qui se pose : quel changement possible pour Haïti sans un changement de la mentalité Haïtienne ?

Vers un véritable changement

Quel changement possible quand ceux qui édictent les lois sont les premiers à les violer et ce, au su et au vu de toute la population Haïtienne ? Quel changement possible quand celui qui est chargé de délivrer des diplômes de fin d’étude sur mérite, se révèle être celui qui les vend ? Quel changement possible quand celui qui est chargé de protéger et servir est celui qui appelle les hors la loi ‘’frère’’ ? Quel changement possible quand les discours de campagne sont fabriqués de toute pièce et sans programme véritable ?

Quel changement possible quand la médiocrité glane des trophées alors l’intelligentsia est en voie de disparaitre? Quel changement possible quand les lois, les règlements, les traités dont Haïti est toujours la première à les ratifier ne s’adaptent ni s’adoptent pas pas à la réalité du pays ? Quel changement possible quand les décisions politico-sociales sont internationalisées?

Tout compte fait, le vrai problème du pays ne se trouve ni dans le système, ni dans les lois, ni dans la constitution, mais dans la mentalité haïtienne. Cette mentalité qui incite à chaque affront à la nation haïtienne à ‘’kase fèy kouvri sa’’. De plus, il ne peut avoir lieu de dialogue national si dans le projet de renversement du système, le contentieux n’est pas définitivement vidé. Ainsi, au lieu de penser à un changement de système, il convient de penser à une mise en examen de la mentalité haïtienne – bref, à un véritable changement de la mentalité haïtienne – mais surtout à condamner les actes de ceux qui ont goûté au sang du peuple: Tèt kale, Lavalas et les patatistes surtout. Il faudra aussi veiller à ce que cette purge ne soit pas court-circuitée par les mains sales de l’internationale. Ce ne que là que débutera un véritable changement.

(1)https://www.topuniversities.com/university-rankings/latin-american-university-rankings/2016

Michelle Archille

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À propos Michelle Archille

Je suis Michelle Archille, je suis née à Port-au-Prince en 1997. Étudiante en Droit et Journaliste de formation, je me sers des mots pour dénoncer les maux du pays.
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