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Archétype du héros américain : Clint Eastwood vs Spike Lee

Temps de lecture : 4 minutes

Le premier plus âgé est Clint Eastwood, un octogénaire qui se passe de présentation. Après une trentaine de westerns et de films de flic que les jeunes de nos jours ne perdraient pas un quart d’heure à visionner, il a décidé de se lancer dans la réalisation dès les années 90. On compte parmi ses réalisations « Invictus » avec Morgan Freeman et Matt Damon, « Gran Torino » et « American Sniper ». Ceux qui suivent régulièrement la NBA connaissent Spike Lee, ce grand fan des New-York Knicks qui porte toujours la casquette avec le logo de la franchise et une tenue ringarde la plupart du temps. Il a l’habitude de s’asseoir près du banc, là où s’assoient les stars. Son film notable est sans aucun doute « Malcom X » incarné par le fantasme de la plupart des afro-américaines, Denzel Washington. Coïncidence ! L’un des films dont il sera question a pour figure principale, le fils de Denzel. Dans cette analyse, nous dévoilons la vision différente de ces deux réalisateurs connus sur la question d’un héros.

Résumé des films

American Sniper est l’histoire d’un Seal (membre de la fameuse unité d’élite Navy Seals) qui doit jongler entre la famille, les missions en Irak et ses troubles liés à la dure réalité des combats.

Blackkklansman se déroule dans la ville de Colorado Springs dans les années 70, la police municipale encourage ‘’les personnes de couleur ‘’ – l’expression diplomatique pour cacher le mot nègre qu’ils pensent tout haut. Ron Stallworth (John David Washington) se porte volontaire. Il est assigné aux archives mais, par la suite, il s’impliquera d’avantage en devenant un agent infiltré au sein du Ku Klux Klan.

Critiques

Dans American Sniper, Clint Eastwood présente le petit Texan modèle, un homme qui n’a peur de se faire botter les arrières par un toro pour le plaisir de centaines de détraqués carburés au Red-bull. Le réalisateur vend le rêve américain à sa façon. Tout d’abord, un vrai héros américain est fan de sport américain. Il fait du barbecue dans son jardin couvert par un grand drapeau étoilé en invitant tout le voisinage. Avant, il menait une vie de débauche mais le mariage le ramène dans le droit chemin. Par-dessus tout, il doit être un patriote qui ne doit éprouver aucune hésitation quand le devoir fait appel à lui au lendemain du 11 septembre. Bradley Cooper s’engagea comme toute sa bande avec la ferme conviction de faire ce qui est juste. Il est tellement bon dans l’exercice des tirs à longue distance qu’il fait l’objet d’une prime. Sa tête est mise à prix par les djihadistes irakiens.

Toujours au service des autres, on voit le personnage aider les invalides à l’hôpital, rempiler pour des missions en Irak parce que ses « frères d’armes » ont besoin de lui en dépit de ses cauchemars chroniques, lui, le Sniper par excellence, celui qui terrassa un ancien tireur olympique syrien en pleine zone urbaine irakienne. Son altruisme lui sera ironiquement fatal car c’est un invalide qui va lui ôter la vie dans le dernier acte. À sa mort tout Texas est en deuil ! Un long cortège funèbre traversera la ville, on dirait presque celui de JFK.

Spike Lee quant à lui, dans Blackkklansman, voit le héros dans une autre dimension. D’après lui, il est celui qui s’engage, car il faut bien des précurseurs après tout, ceux qui n’ont pas peur des moqueries parce qu’ils ne portent pas un insigne, ou parce qu’ils ne parlent pas avec le même accent arien (Ron a infiltré le groupe des KKK rien qu’en imitant la voix d’un arien au téléphone), ou encore parce qu’ils ont une coupe de cheveux différente (Ron Stallworth porte une afro dans le film). Un héros dans la conception de Spike Lee est celui qui a un revenu moyen et qui, malgré les provocations de ses « frères » des Black Panthers, ne se rue pas vers la violence car il sait qu’une fois enfermé, les chances pour qu’il soit libéré sont équivalentes à la probabilité pour qu’Haïti ait l’électricité 24/24 dans six mois. Il n’est pas obligé de faire usage de son arme à feu à répétition même s’il doit assurer la sécurité du chef suprématiste David Duke (Topher Grace) qui n’a pas douté une seconde qu’il était le dindon de la farce de Stallworth. Mais ce film ne se résume pas uniquement aux torts subis par le jeune policier noir mais montre aussi ceux de son co-équipier Flip qui se croyait hors de portée de tout racisme. Alors une séance d’interrogation dans un sous-sol de suprématiste sur sa nature juive lui a vite fait comprendre qu’il n’était pas mieux loti que son ami de couleur.

Certaines choses sont tenaces au sein de cette société, le racisme en est le parfait exemple comme une mauvaise grippe ou une addiction dont on n’arrive pas à se défaire. Ce n’est pas parce qu’un « homme de couleur » a été élu pas une mais deux fois de suite à la Maison Blanche qu’il faut croire que tout a changé. La face du magasin peut cacher une arrière-boutique miteuse. Comme nous prouve la fin du film avec des scènes violentes de racisme à Charlottesville perpétrées par ceux-là mêmes qui furent disculpés par le président Trump.

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