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Des blouses blanches et de la friture

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23 h 16. Je quittais le service d’urologie, les paupières alourdies par un sommeil insidieux (oeuvre de Morphée), pour me rendre en face de l’hôpital où les marchands de boissons de toutes sortes et ceux de fritures commençaient déjà, bien que timidement, à remballer leurs stocks de produits plus ou moins écoulés au cours de la journée. Déterminé, je l’étais par mon ventre creux qui criait famine; pressé aussi par les ténèbres de la nuit. Je traversai donc rapidement la cour de l’hôpital universitaire Justinien étant guidé dans la noirceur de la nuit par mon estomac me servant désormais de sonar pour me guider vers ma délivrance gastronomique. Malheureusement, ce soir-là, le destin m’arrêta dans cette course vers la friture en me mettant en face d’une situation pour le moins paradoxal.

En effet, tels des vautours autour d’un festin, des blouses et des scrubs grouillaient autour de la seule marchande de friture encore disponible à cette heure de la nuit. Intimidé par tant d’amateurs de fritures, je restai à l’écart, le temps d’observer la scène et d’analyser la situation. Non loin du festin que proposait l’éventail de la marchande, des piles de déchets plus ou moins grandes jonchaient, par-ci par-là,  la petite rue étroite qui s’étalait en face de l’hôpital tandis qu’allègrement les dizaines de blouses blanches plaçaient leurs commandes, leurs yeux connaisseurs et avides étant rivés sur les trésors gastronomiques qui les faisaient presque saliver. Bananes frites dorées encore ruisselantes d’huile, saucisses roties présentant un beau rouge vinassé, cuisses dodues de poulets frites…, bref, de la malbouffe qui s’étalait à profusion!

Qu’est-ce qui avait bien pu nous transformer au point de nous rendre à l’image du dicton bien connu:  » Ventre affamé n’a point d’oreilles »? Ainsi donc, ce que, nous autres, médecins déconseillions à l’ensemble de la population, nous le pratiquions en secret et hypocritement par la force des circonstances. Déçu par le paradoxe, je remontai donc lentement vers l’hôpital non sans avoir acheter quelques sucreries pour tromper la faim qui me tiraillait au moins jusqu’à l’aube. Le pire, c’est que je me promis de revenir un peu plus tôt à ma prochaine garde pour avoir la chance d’être le premier à savourer cette friture qui tue lentement même les blouses blanches.

Kerlinz Morantus

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À propos Kerlintz Morantus

Étant agé de 24 ans, j'ai à mon actif un parcours qui s'adapte parfaitement au jeune haïtien que je suis! Ayant fait mes études secondaires à Saint-Louis de Gonzague puis poursuivant mes études professionnelles à l'Université Notre Dame d'Haïti, j'ai développé un certain amour pour l'écriture, amour me venant certainement du fait de mes nombreuses lectures et des rencontres faites avec les grands auteurs de ce siècle et ceux des siècles derniers! Pourtant, je poursuis aussi l'amour que j'ai pour le dessin! En effet, je fais de la bande dessinée, ce qui est pour moi une sorte d'échappatoire qui me permet d'écrire encore et toujours.
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