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Portrait d'Ernest Hemingway (1899-1961), journaliste américain, écrivain et reporter de guerre. Il obtint le Prix Pulitzer en 1953 et le Prix Nobel de littérature en 1954. © Getty / Bettmann

Hemingway, la simplicité comme boussole

Temps de lecture : 8 minutes

« Vendredi Contemporain » débute chez Balistrad. Pour sa première, Yvan Jean Verlaine PIERRE nous propose un voyage aux États-Unis d’Amérique. Dans un style d’écriture simple, rempli de litote, Ernest Hemingway marque la littérature mondiale du XXème siècle.

Voici « Le Vieil Homme et la Mer », soyez prêts à nager.

Brève présentation de l’auteur

Né le 21 juillet 1899 à Oak Park (Illinois, USA, Ernest Miller Hemingway est un écrivain américain dont le style a influencé largement le contemporain littéraire du XXème siècle. Ancien journaliste au Kansas City Star, ambulancier pendant la Première Guerre Mondiale, Hemingway connaît un grand succès à travers des récits affichant au public la peinture de la véracité. Entre quatre mariages et une vie cacochyme, il écrit plusieurs romans : Le Soleil se lève aussi (1926), l’Adieu aux armes (1929), Pour qui sonne le glas (1940), Le Vieil Homme et la Mer (1952); ce dernier lui ayant valu le Prix Pulitzer 1953.

Un an plus tard, c’est l’apogée. Son œuvre est couronnée par le prix Nobel de littérature le 28 octobre 1954 « pour le style puissant et nouveau par lequel il maîtrise l’art de la narration moderne ».

Autrefois, il avait blâmé son père pour son suicide, considérant cela comme un acte de lâcheté. Pourtant, c’est par le suicide qu’il s’éteint, le 2 juillet 1961, d’un coup de fusil.

Résumé du livre

Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son bateau qui pêchait au milieu du Gulf Stream. En quatre-vingt-quatre jours, il n’avait pas pris un poisson. Il s’appelait Santiago et un jeune garçon du nom de Manolin l’accompagnait. Le vieil homme était maigre et sec, avec des rides comme des coups de couteau sur la nuque.

Les parents de Manolin, jugeant que Santiago est malchanceux, refusent que leur fils pêche avec le vieux. Sur un autre bateau, sa pêche sera plus prolifique. Mais le jeune garçon reste fidèle au vieil homme et se faufile tous les soirs dans sa cabane pour l’aider à réparer ses filets et lui apporter à manger.

Un jour, le vieil homme explique à Manolin qu’il va partir loin. Dans l’océan qu’il appelle la mar, il jure de mettre fin à sa malchance et trouver « le poisson » qui lui ramènera l’estime de tous.

À l’aube du 85e jour, ses pensées se tournent vers sa femme, le baseball, notamment vers Joe Di Maggio, son idole. Enfin, il rencontre son adversaire, un poisson manifestement hors normes. Une lutte acharnée commence entre l’homme et le poisson qui durera trois jours et deux nuits. Pendant ce temps, le vieux n’a plus rien à boire ni à manger, ses mains sont ensanglantées, le soleil tape. Le duel est interminable, le vieux parle à son ami poisson, qu’il finit par nommer « mon frère » et lui exprime sa sympathie et son respect.

Au prix d’efforts incroyables et malgré un délire qui commence à le saisir, le vieux est vainqueur. Loin de crier au triomphe, il remercie Dieu pour ce combat incertain. Son orgueil n’est pas le fait d’avoir vaincu un si gros spécimen, mais d’avoir vaincu un adversaire si brave.

Mais le poisson est si gros qu’il ne peut le hisser à bord, il est obligé de le laisser dans l’eau en l’arrimant à sa barque. Mais, au bout d’une heure arrive le premier requins. Contrairement au marlin, ceux-ci sont lâches et vils, ils attaquent à plusieurs. Le vieux se défend, toute la nuit il lutte, il lutte pour l’honneur de son poisson qui s’est si bien défendu et qui était un adversaire digne. Le vieux tue autant qu’il peut de requins, mais les forces lui manquent, ils sont trop nombreux, il assiste, impuissant, à l’anéantissement de tant d’efforts. Il ne reste du poisson que la tête et l’arête.

Fatigué, le vieil homme rentre au port. Mais il a son honneur pour lui. En mesurant l’arête du poisson, les autres pêcheurs réalisent à quel point il était énorme. Le vieux est content, Manolin pourra revenir pêcher avec lui. Entre temps, il dort et rêve de lions.

La simplicité chez Hemingway

Le récit commence comme un conte de fées : « Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son bateau, qui pêchait au milieu du Gulf Stream. »

Tout le roman est simple, facile à lire. Hemingway pose des mots communs et justes sur des réalités universelles. Le roman est fait des monologues intérieurs du pécheur, de quelques scènes d’actions et de descriptions factuelles sur la banalité du quotidien d’un pécheur.

Le roman est réel. Tout est authentique. Des monologues intérieurs, l’amour du métier, l’intimité vieux – jeune, c’est le vieux jeu quotidien de notre vie.

Hemingway a expliqué ses intentions littéraires : raconter une histoire simple et accessible à tous, mais qui sous la surface cache des messages insoupçonnées à la première lecture, des messages qui touchent le coeur et l’inconscient.

Dans sa simplicité, Hemingway décrit le vieux avec respect. Sa pauvreté est expliquée entre litote et euphémisme, simplement pour dire qu’il n’est pas riche. Tant de respect, pour une histoire réelle. Car si la mer existe, le vieil homme… Peut-être. Il s’agit d’une invention basée sur ses expériences à bord du Pilar, son bateau de pêche.

« C’est une invention ! J’ai écrit cette histoire sur la base des expériences de pêche que j’ai vécues sur les trente dernières années et même avant. La plupart des pêcheurs de Cojimar ont vécu la même chose. Si le vieil homme est quelqu’un, c’est le père de Chago, qui est mort depuis quatre ans et avec lequel j’ai beaucoup pêché. »
– Ernest Hemingway

La lutte interminable : Qui emmène qui ?

Si Hemingway ne s’attarde pas à la description des personnages, il accorde une importance particulière à la lutte. Le lecteur doit lire plus de dix pages pour assister à ce combat. Depuis la capture de l’espadon jusqu’à la venue des requins vils et lâches, la fatigue s’installe.

« Quatre heures plus tard, le poisson nageait toujours, en plein vers le large, remorquant la barque, et le vieux s’arc-boutait toujours de toutes ses forces, la ligne en travers du dos.
— Je l’ai ferré à midi, dit-il. Et je sais toujours pas à quoi il ressemble. »

Cependant, on accorde de l’importance à la suite, tout le monde veut découvrir le vainqueur.
Dans l’histoire de notre vie, les pages du bonheur sont laconiques. Puisque le conte de nos misères, de nos péripéties, est interminable. La vie nous mène, comme le poisson semble mener le vieil homme. On est plus fort ensemble pour affronter la vie, et Santiago serait plus fort si Manolin était là.

Qui emmène qui ? Santiago ou le poisson? La vie ou l’homme ? Une chose est sûre, on n’est pas toujours vainqueur comme Santiago.

Santiago et Manolin

L’intimité entre l’enfant et le vieux est émouvante. Tout est amour, discrétion et connivence. Le vieux parle de baseball, ils discutent sur Joe Di Maggio. L’amitié fait oublier les déconvenues. Le soir dans sa cabane, en compagnie de Manolin, Santiago oublie la pêche de la journée et se dépêche de repêcher le jour suivant.
Manolin, ce garçon fidèle, ignorant l’antipathie de ces parents envers le vieux. Pour lui, le vieil homme est un guide. Et ce dernier lui transmet toute son expérience,
son amour et sa vie. Le jeune, loin d’être une gouape, devient plus sage en compagnie du vieux.  » Le Vieil Homme et la Mer « , c’est l’expérience de nos ancêtres qui nous est transmise, la tradition orale reportée sur des feuilles pour mieux comprendre la vie.

Le Vieil Homme et la vie

Le poisson c’est la vie elle-même. L’art, les filles, le whisky, les cigares, un métier, un amour, un diplôme, la peur, la perte d’un être cher. On cherche toujours le meilleur qui, on le sait, vient à la fin.

Le Vieil homme et la mer, c’est le combat de l’homme face à la nature. La nature, c’est la vie. Elle nous joue des tours, elle nous mène. Mais parfois, il faut de la veine, il faut lutter. Il faut toujours répéter comme le Vieil Homme :  « Un homme, ça peut être détruit, mais pas vaincu. »

Yvan Jean Verlaine PIERRE

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À propos Yvan Jean Verlaine PIERRE

Yvan Jean Verlaine Pierre, 27 ans, médecin résident en Service Social. Amant de livres, d'aventures et de musique.
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