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Gouverneurs de la rosée : Manuel, Le modèle pour la diaspora haïtienne

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Publié en décembre 1944, après la mort de Jacques Roumain (1907-1944), « Gouverneurs de la Rosée » reste une œuvre incontournable de la littérature haïtienne. Engagé dans les luttes nationales, Jacques Roumain faisait partie de ces intellectuels animés par l’esprit de la révolte. Fondateur du premier parti communiste haïtien, l’esprit de révolte qui animait ce dernier se manifestait à chaque fois qu’il remarquait l’indifférence de la classe politique haïtienne, la mauvaise répartition des richesses, ainsi que l’ingérence internationale. Il était mulâtre mais il se prolétarisa pour prendre position pour la masse défavorisée. Militant politique en pleine occupation américaine, il insistait sur le retour de l’orgueil et la fierté qui caractérisent la personnalité des Haïtiens, piétinés par les bottes des yankees avec la complicité d’une élite pseudo nationaliste. Les jeunes étudiants et professionnels considèrent Jacques Roumain pour deux de ses œuvres : Analyse schématique 32 34 et Gouverneurs de la Rosée.

Avec plus de millions de citoyens disséminés à travers le monde, la diaspora haïtienne se place dans une position considérable dans la migration internationale. Commence exactement avec l’occupation américaine la migration haïtienne continue jusqu’à nos jours. Un vif intérêt est cependant palpable lorsqu’il s’agit d’Haïti pour ces citoyens. Le lien culturel qui les unit renforce les relations entre eux et les autres Haïtiens qui sont restés au pays. Ces jours-ci, il est question d’intégration, de multinationalité, de retour à la maison. C’est dans cette effervescence qu’apparait l’intérêt pour eux de lire « Gouverneurs de la Rosée » afin de parfaire leur intégration.

Quand on parle de diaspora aujourd’hui, on fait allusion à l’argent qui rentre au pays chaque jour. Avec des milliards de dollars américains, la diaspora haïtienne constitue 32% du PIB national. Cet engagement pour soutenir leurs compatriotes en Haïti les a amenés à demander beaucoup plus de place dans la vie politique en Haïti. Mais tout n’est pas politique, Jacques Roumain qui campe Manuel nous le prouve.

Si on mélange la fiction et la réalité historique, Manuel fait partie du flux de migrants qui ont laissé Haïti pour Cuba après que l’occupant eut pacifié tout le territoire. On peut situer le fait historique entre l’implantation des usines sucrières à Cuba et leur nationalisation lorsque Castro prit le pouvoir en 1959. Il eut un retour massif d’Haïtiens venant de Cuba. Ceux-ci, par manque d’intégration dans l’économie nationale, allèrent grossir les rangs des autres travailleurs de sucre en République Dominicaine. L’épopée de Manuel s’y trouve. A son retour, il ne repartit point, il s’investit. Suivons-le.

A son retour, il trouva Fond Rouge désolé, rongé par la poussière, la misère, le désespoir et la division familiale. Il ne se remet pas à Dieu, il part chercher des alliés. Il alla d’abord assister une danse de vodou pour comprendre la culture de la population locale. Jacques Roumain nous dit même qu’il se déhancha tellement qu’il était plongé dans l’ambiance. Il trouve ensuite un compère du nom de Laurelien avec qui il parla du projet de trouver l’eau, la relier avec la ville. Celui-ci lui promit son appui, sceptique malgré lui. Ensuite c’était le tour d’Anaïse, la belle négresse du village, mais qui était descendante de l’autre branche de la famille conflictuelle. C’est elle qui l’aidera dans la réunification. Sans doute, il eut des ennemis. Tout d’abord, l’autorité locale, le chef de section jouant au domino lui intima l’ordre de se calmer ensuite Gervilien, qui le haïssait. Cette haine grandissait au fur et à mesure que Manuel trouva l’eau. L’eau justement, l’élément vital de la vie, fut retrouvée, mais malheureusement Manuel ne participa à sa liaison avec Fond Rouge. Il fut tué par Gervilien.

Les hommes meurent mais jamais leurs idées. Sa mère Délira, sa compagne enceinte Anaïse, continuèrent l’œuvre. Des hommes du village, autrefois ennemis s’engagèrent dans un coumbite afin que l’eau coule à nouveau pour le bien de tous. La vie reprit à Fond Rouge au prix du sang de Manuel.

L’intégration ne se caractérise pas seulement par l’envoi fréquent des transferts ou de dépenses somptueuses lors des fêtes, de la mauvaise foi de ceux qui pensent que l’argent peut tout acheter, mais aussi par un projet de société. Sans sa diaspora, la Chine n’aurait pas connu ce bond économique. Haïti assiste, impuissante, au départ de ses fils et filles vers les horizons divers par manque d’opportunités. Ils font partie des meilleurs éléments à tous les niveaux de la société des pays hôtes. Mais que reste-il pour le pays ? Il reste que les membres de la diaspora de tous les pays, nord ou sud, industrialisés ou émergents s’organisent d’abord pour se protéger, ensuite élaborer un projet de société où ils pourront apporter capitaux et connaissances surtout dans le domaine universitaire parce que l’intégration dans les pays hôtes n’est jamais définitive. Un jour quand même, on rappellera à l’Haïtien qu’il est un Haïtien. De ce fait, il ne faut pas prendre la posture du plaignant, mais de l’acteur qui rentre dans un collectif de gens de bien afin de contrecarrer les gens mauvais par volonté et rallier les indécis sous un leadership à la « Manuel ». L’investissement dans l’éducation sera la priorité.

Marx dit que l’économie façonne la conscience de l’homme. Si la diaspora haïtienne continue à utiliser leur réussite économique pour récolter des faveurs et reconnaissances forcées en Haïti et n’élabore pas un projet d’inclusion, le fossé qui leur sépare des compatriotes restés en Haïti s’élargira au bénéfice de nos détracteurs. Réveillons le Manuel qui est en nous pour nous investir dans le bien-être de la collectivité !

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À propos Richecarde Celestin

Je suis Celestin Richecarde, né à Port-au-Prince. Je suis juriste, étudiant en histoire et en journalisme à Maurice Communication.
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