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Haïti et sa diplomatie face à une problématique de gouvernement non ratifié, quel avenir ?

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Depuis le limogeage de Jean Henry Céant à la tête du gouvernement le 18 mars par le vote de censure de la Chambre des députés, Haïti fait face à un véritable black-out gouvernemental. Dès lors , l’arène politique est ponctuée de troubles, d’incertitudes et de tergiversations. Acteurs politiques, analystes, et plus d’un commentent la situation. La population se range à l’enseigne de la vulnérabilité et du coup, la nuit a campé son voile sur la diplomatie haïtienne.

Contexte

Le 20 mars 2019, l’ancien Premier Ministre et chef du parti « Renmen Ayiti » est contraint de laisser son poste. Dans un contexte sociopolitique très difficile porté par les acteurs de l’opposition sous l’expression « peyi lock », la démission de Jean Henry Céant vient paver la voie à un pays sans gouvernement ratifié. Ce dernier, accusé par les proches du pouvoir d’avoir financé des activités visant à déstabiliser la présidence de monsieur Jovenel Moïse , est passé d’un notaire public connu à un Premier Ministre déchu.

Après le départ de M. Céant, Jean Michel Lapin, lui-même membre de son gouvernement, vient s’imposer en « Deus ex machina » pour pallier la grave crise tridimensionnelle (économique, sociale et politique) que connaît le pays. Reproché d’avoir été membre d’un gouvernement qui n’a pas pu répondre aux attentes et aux exigences de l’heure, M. Lapin n’a pas pu trouver sa ratification après plusieurs tentatives des deux chambres du Parlement d’organiser une séance.

Au milieu du débat de ratification de M. Lapin, Arnel Joseph, chef de gang notoire, a continué de semer la terreur à Village de Dieu et à Marchand Dessalines. Pendant ce temps, le nombre de policiers tombés sous des balles assassines n’a cessé de s’accroître. Ainsi, l’Etat haïtien n’ayant pas de gouvernement ratifié ne peut véritablement donner suite à certains dossiers administratifs . Ce qui, évidemment favorisera l’accroissement de la misère des plus pauvres, de l’insécurité et du taux d’inflation .

Trois mois sans être ratifié, Jean Michel Lapin devra finalement donner sa démission au Chef de l’État, SEM Jovenel Moïse, le 22 juillet dernier.

« J’ai fait un choix pour Haïti », a-t-il dit dans un interview au Nouvelliste . Le même jour, la Police Nationale a appréhendé le chef de Gang de Village de Dieu. Coïncidence! Moins de 24 heures après, Fritz William Michel, cadre du Ministère de l’Économie et des Finances, vient ajouter son épisode à la série de gouvernements sans ratification.

Depuis sa nomination, aucune date n’est encore définie pour la séance de vote de l’énoncé de sa déclaration de politique générale. Entre temps, deux séances de demande de mise en accusation du Magistrat suprême de l’État sont déjà mises en continuation au niveau de la chambre basse.

Les retombées sur la diplomatie haïtienne

Pierre Raymond Dumas eut à dit de la diplomatie haïtienne : « Nous avons une diplomatie qui meurt et qui se cherche. » Aujourd’hui, elle est dans l’urgente nécessité d’une réforme car plus de deux siècles après l’érection de l’État d’Haïti, il n’arrive pas à coïncider son épopée de premier État noir indépendant au monde à une volonté de développement économique, social et politique. C’est ce qui fait que sa diplomatie est moribonde, mourante et agonisante.

Toutefois, si l’on remonte à l’orée de l’histoire diplomatique d’Haïti, on verra qu’elle n’a pas toujours été une diplomatie improductive. En effet, après son indépendance, Haïti a été une source d’inspiration et de motivation pour ceux qui voulurent goûter à la liberté. D’ailleurs, nos premiers dirigeants ont grandement contribué à la libération de l’Amérique Latine. C’est ce qui a valu à Alexandre Pétion le titre de Père du panaméricanisme.

Aujourd’hui, les constats sont amers. Il faut faire quelque chose pour la diplomatie haïtienne. « Tous les problèmes diplomatiques sont avant tout des problèmes techniques » disait assez souvent le professeur Leslie François Manigat. Le premier réflexe serait de questionner la compétence de nos chers représentants mais que peuvent-ils vraiment sans un gouvernement capable d’orienter la politique extérieure du pays , de renvoyer un message de stabilité et de faire croire que le pays est dirigé ?

Si les diplomates sont directement nommés par le Président selon la constitution de 1987, il faudra tout de même la présence du Ministre des Affaires Étrangères jouant un rôle fondamental et mettant en œuvre la politique diplomatique du chef de l’Etat. Donc, n’ayant pas de Ministre aux Affaires Extérieures ratifié, il est clair que cela aura une certaine incidence sur les prises de décision, et (in)directement sur la diplomatie du pays.

Aussi, les diplomates, avec la situation d’instabilité qui perdure, se retrouvent naturellement en situation de faiblesse dans les négociations. La situation économique d’Haïti faisant de lui le pays le plus pauvre de l’Amérique n’aidant pas, sa situation politique vient davantage clouer les velléités des diplomates aussi compétents soient-ils. Ces derniers ne pourront donc se contenter que des tâches administratives attribuées par la loi ou se contenter d’acquiescer puisqu’ils ne sont surtout pas en position de négocier. Le plus souvent, ils se tourneront les pouces.Tel est ,depuis le mois de mars dernier, le cadre dans lequel évolue la diplomatie d’Haïti.

Les effets d’une telle crise pourront avoir des répercussions se faire sentir longtemps encore. Il est à se demander pour combien de temps encore le pays sera sans gouvernement ratifié . Les futurs impacts sur la vie de la société et sur la diplomatie n’en seront, nous le savons tous, plus que désastreux. Alors quelles seront les réponses envisagées , en ce sens, par le gouvernement à venir ? Pour cela, attendrons-nous encore trois mois ?

Il n’est que d’attendre !!!

Rysdaël Clébert Duvelsaint
Étudiant en RI
duvelsaint.dante@gmail.com

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À propos Rysdaël Clébert Duvelsaint

Je suis Rysdaël Clébert Duvelsaint, né en août 1997. Je fais actuellement une étude en Psychologie à la Faculté d'Ethnologie (UEH) et en Relations Internationales à l'ANDC. Journaliste de formation, je fais de l'écriture un prétexte pour piper ce qui passe au plus profond de moi (passion, émotions, respect, etc.)
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