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Le gallon jaune, nouvel accessoire à la mode des haïtiens

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À quelques mètres de deux policiers passifs, une situation de tension s’élève près d’une station essence qui s’érige sur une voie très fréquentée par les autorités. Sur le trottoir, habituellement conquis par des marchandes de fruits, des motocyclistes et de simples citoyens, se joue des coudes pour faire le plein. Ils tiennent fermement l’accessoire à la mode depuis deux semaines. Facile à transporter, double bouchons pour la sécurité, de couleur jaune. Cet accessoire est un must have! Il est devenu un outil à part entière dans notre quotidien, capable d’être transporté à l’arrière d’une moto, dans le coffre d’une voiture, ou tout simplement à la main. Vous l’aurez compris ! Nous ne parlons pas d’une œuvre de Karl Lagerfield ou de Dior mais d’un gallon simple jaune.

L’idée de contenir du carburant dans de grands gallons n’est pas nouvelle. Elle existe depuis le siècle dernier, lorsque les militaires stockaient leurs carburants dans des jerrycans pour de longues missions. Conçu par une compagnie productrice d’huile, devant à la base contenir 20 litres d’huile soit 5,283 gallons. Cet accessoire est utilisé par nos compatriotes dans leur longue mission de survie quotidienne. Cela va de l’analphabète au docteur. C’est avec consternation qu’on note le partage de la photo d’un artiste en pleine poussette ou encore celle de cette figure connue des universités, qui trimbalait son gallon sur son lieu de travail.

Le carburant est un produit transversal dans toute économie et bien plus encore en Haïti, car nous ne développons pas (assez) d’énergies alternatives pour pallier l’éventuel tarissement des produits pétroliers contrairement à nos voisins dominicains qui viennent d’inaugurer une centrale solaire de haut standing. La rareté de carburant tue la population à petit feu, régulièrement exposée à des situations de « pays locked », de panne d’électricité, et bien d’autres cas encore nécessitant l’utilisation du carburant. Des facultés, des hôpitaux ont vu leurs activités tournées au ralenti car elles ne peuvent pas fournir le même service qu’avant. Jean- Michel Lapin promet une réponse rapide et positive. Sur les 4,2 milliards de gourdes que l’Etat haïtien doit aux importateurs de produits pétroliers, une avance de deux milliards a été faite de quoi permettre la commande de 500 000 barils d’essence. Une quantité qui devrait soulager nos maux que sur le très court terme.

À ce jour, cette pénurie éclipse la rentrée des classes, pendant que les « avocats du peuple » ont trouvé comme nouveau passe-temps, le vandalisme de l’immobilier public, le peuple quant à lui continue d’arpenter les rues, gallon jaune en main. Un accessoire qui commence à se faire rare, car la demande pour les gallons jaunes est devenue si élevée que ceux qui en détiennent n’hésitent pas à provoquer un marché noir.

Le proverbe dit : « L’habit ne fait pas le moine ». Cela va de soi, mais le gallon jaune indique clairement ses intentions.

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