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Haiti : Les sentiers du nouveau stade

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La rencontre Haïti-Cuba (2-1) lors de la phase éliminatoire de la Ligue des Nations n’a pas fait que des heureux. Il n’y a pas eu que la victoire et la qualification des Grenadiers mais un problème récurrent qui a terni l’image du match. La délégation de la CONCACAF qui était sur place a rédigé une note dans laquelle elle incite l’Etat haïtien à construire un nouveau stade de capacité supérieure et de standing international. Selon leurs constats et ceux de plusieurs journalistes, il y avait autant de gens à l’extérieur qu’à l’intérieur du stade. Des gens qui se sont déplacés malgré l’avertissement au préalable que le match se jouerait à guichet fermé. Encore un problème structurel dans le foot local.

Depuis ce match, le projet du stade « Toup Pou Yo » qui sommeillait depuis l’an dernier a refait surface comme un sous-marin derrière les lignes ennemies.

Le sénateur de l’Ouest, Patrice Dumont, et d’autres collaborateurs ont mis sur pied ce projet dont le nom fait référence au slogan de la sélection lors du mondial 1974. De quoi faire pâlir les anciens. D’après John A. King de la Banque Mondiale, un projet est un ensemble optimal d’actions à caractère d’investissement basé sur une planification sectorielle, globale et cohérente grâce auquel une combinaison de ressources (humaines, matériels, financières, temporelles) engendre un développement économique et social d’une valeur déterminée. Toutefois divers problèmes peuvent subvenir au niveau des ressources :

Ressources humaines

Le football est le sport roi sur l’étendue des 27 750 km². Beaucoup de gens se sentiront concernés par la réalisation de ce projet et ce sera l’un des rares qui bénéficiera d’un flux de main d’œuvre volontaire. Déjà que la population active fait face à un sérieux problème de chômage. Il faudra aussi mettre les bouchées doubles face aux contractuels qui seront sur le chantier pour s’enrichir. De nos jours, les ouvriers sur les chantiers s’enrichissent en vendant les sacs de ciment. Ces gens sont aussi les premiers à se plaindre d’un manque de fournitures pour achever les constructions à temps. Ces genres de contrats s’obtiennent par appel d’offre. Quelques firmes locales se sont montrées très convaincantes dans certaines réalisations. Toutefois, il ne serait pas étonnant que l’une des compagnies dominicaines de construction vînt à remporter l’appel d’offre.

Ressources physiques

Sans l’ombre d’un doute, les ressources physiques seront essentiellement des matériels importés. De quoi alourdir le déficit de la balance commerciale car nous devrions, dans ce cas, chercher plus de devises afin de pouvoir régler les notes. Avec une gourde qui perd continuellement de la valeur, on n’est pas prêt d’atteindre les 2.3% de croissance prévus par la Banque Caribéenne de Développement.

Ressources financières

Par exemple, celui de Tottenham qui est de 62 000 places a couté 1 milliard à cause des installations additionnelles (bar de 65m de long, les 173 urinoirs, le système électronique, les écrans géants etc…) et des retards dans la durée d’exécution, la date d’ouverture a été renvoyée à plusieurs reprises. Un cas que l’on rencontre souvent dans la construction des stades modernes, le Brésil et la Russie en ont connu pour l’organisation des Coupes du Monde 2014 et 2018. En général, nous accusons du retard dans tout ce que nous entreprenons, des coûts prévisionnels en cas de suspension des travaux doivent être pris en compte.

Ressources Temporelles

La construction d’un stade de standing international (comme nous le désirons) d’une capacité supérieure à 25 000 places prend en moyenne deux ans, les coûts cependant varient suivant les infrastructures additionnelles aux abords du stade. Ce que beaucoup de gens ne savent pas : le stade, même si les auteurs du projet venaient à amasser une somme importante pour débuter, ne sera jamais prêt à temps pour accueillir le Costa-Rica et Curaçao lors des prochains matchs de Ligue des Nations. Donc, nous aurons encore droit aux remontrances de la CONCACAF à moins de délocaliser les rencontres en Floride (comme ce fut le cas dans les années de trouble politique) mais l’affluence au stade ne sera certainement pas la même qu’à Port-au-Prince.

Rappelons que le précédent pouvoir exécutif s’est vanté d’avoir construit dix « stades », des terrains qui sont pour la plupart non réglementaires (le plus flagrant est celui du Parc Sainte-Thérèse) et que l’actuel exécutif n’est même pas (encore) intervenu dans le projet « Toup Pou Yo ». Cet énième épisode de course contre la montre nous montre à quel point nous sommes à la traîne dans tout ce qui est organisation. Nous essayons de régler un problème structurel par une solution conjoncturelle. Pendant que nos élus du Bicentenaire mènent un train de vie supérieur à celui des congressmen américains, attendons de voir les résultats de l’initiative du nouveau stade qui s’est tenu ce samedi 13 avril à l’Institution Saint-Louis de Gonzague à Delmas 33.

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