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Boyer et Jovenel : les similitudes de deux gouvernements impopulaires

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Un mandat teint d’illégitimité, une insécurité grandissante, une crise alimentaire, une inflation de 19%, des positions douteuses sur la scène internationale, une opposition morcelée mais présente, le chômage, la misère, le ras le bol de la population pour ne citer que ceux-là; c’est le quotidien auquel le président Jovenel Moise fait face. L’histoire se répète! Les chefs d’Etat haïtiens se ressemblent soit par leurs actions, soit par la conjoncture dans laquelle ils font leur mandat. En analysant cette conjoncture ainsi que le chef d’Etat en place, il n’est pas trop difficile de trouver son semblable. Il s’appelle Jean Pierre Boyer.

Jean Pierre Boyer, 4ème chef d’Etat haitien, 1818-1843, reçut le pouvoir après la mort d’Alexandre Pétion. L’histoire, cependant, retient deux choses de lui. D’un côté, il était le chef de la garde présidentielle et de l’autre côté, l’amant de Joute Lachenais, l’ex-compagne de Pétion qui jouera de son influence afin que Boyer accède au pouvoir. A son arrivée, il réussit par l’hésitation de l’opposition anti-Christophe à réunir le Royaume du Nord à la République de l’Ouest, pacifier la Grand’Anse par l’écrasement de l’insurrection de Goman, et rallier la partie Est sous la République d’Haïti. Il devint populaire. Le régime qu’il hérita de la Constitution de 1816 qui consacra le système présidentiel lui permit de diriger de façon autocratique malgré la présence du Sénat et de la Chambre des Députés. Cet autocratisme lui a fallu une opposition de l’aile libérale de la Chambre menée par Hérard Dumesle et David Saint Preux. Ils ont été renvoyés deux fois, puis réélus. Ce qui déboucha sur la crise de 1843.

Tout d’abord, sous la contrainte de la diplomatie canonnière (Il faut rétablir la vérité historique), il accepta l’ordonnance de Charles X qui exigea une indemnité de 90 millions de francs or pour dédommager les colons qui avaient perdu leurs biens lors de la Révolution et pour avoir la reconnaissance par la France d’Haïti comme Etat indépendant. Comme conséquence, deux foyers d’opposition. L’un de la bureaucratie militaire qui a fait la guerre de l’indépendance, l’autre déjà mentionné. Ensuite avec un régime qui favorisa la partie mulâtre de la classe possédante et le commerce haïtien aux mains des étrangers, Boyer entama le paiement de la dette avec l’élaboration d’un code rural qui maintint les paysans sur les grands domaines, réprima le vagabondage, et les força au travail. En somme, tout le monde est mécontent. Même la nature y a pris position. Un tremblement de terre en 1842 dans le nord du pays acheva le régime. Avec l’arrivée du général Rivière Herard à la tête des troupes révolutionnaires, il partît en exil à la Jamaïque avec sa famille.

Les faits par rapport à aujourd’hui se ressemblent. Un héritage de la mauvaise gestion de l’Etat par le président Martelly, une position contre les intérêts de la nation dans le vote contre le Venezuela, une opposition multi-forme, l’inculpation dans le dossier Petro Caribe par les rapports de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, des alliés qui abandonnent le navire, le président Jovenel Moise partage la même illégitimité avec Boyer sauf que les années sont différentes, pas la conjoncture. Aujourd’hui, aucune réponse de la part de la présidence qui enchaine des erreurs. Des erreurs de légalité avec la nomination de deux premiers ministres, un directeur de police par un ministre démissionnaire sans oublier le lot des trois massacres. L’histoire donc se répète. En attendant le départ, de façon institutionnelle ou révolutionnaire, un coup d’œil sur l’opposition.

L’opposition de 1843 avait un projet de société. Il suffit de lire les dispositions de la Constitution de 1843 qui prévoyaient un régime de contrôle des pouvoirs en toute indépendance et la participation de tous les citoyens dans les affaires politiques pour le comprendre. Ce projet aurait donné satisfaction aux revendications des classes populaires, s’il n’y avait pas l’ambition politique négative des militaires ainsi que les classes dirigeantes, si la réalité politique était favorable. En gros, la continuité du système d’exclusion. Le petit monstre (Nom donné à la Constitution de 1843) ne fut jamais appliqué. Actuellement, le peuple haïtien aspire à la fin de ce système, la séparation équitable des biens, le respect des droits fondamentaux, le changement de régime politique. Malgré l’effervescence de l’opposition actuelle, il n’y a pas de projet de société concrète qui sonnera le glas du système d’exclusion.

Donc, un gouvernement absent, une opposition en manque d’initiative, une ingérence internationale vive, un Etat fuyant ses responsabilités tout en réprimant des revendications. Puisse la nature ne pas daigner cette fois placer son mot !!

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À propos Richecarde Celestin

Je suis Celestin Richecarde, né à Port-au-Prince. Je suis juriste, étudiant en histoire et en journalisme à Maurice Communication.
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