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Des rêves de parquet de basket aux podiums musicaux, la trajectoire atypique de Kenny Haïti

Temps de lecture : 3 minutes

Associer son nom de scène à Haïti n’est pas un gage de succès fou auprès des mélomanes locaux. On l’aura beau écrire en créole ou porter des modifications dans l’orthographe, ce qui compte c’est le produit qu’on offre à l’auditoire. Sinon les gens risquent de dire tout simplement « ou pa rive sou mwen » même si on a la côte à l’étranger. Kenny Haïti en est le parfait contre-exemple.

On est à Turgeau, un bonhomme aux barbes rasées style Dwayne Wade, physique d’athlète qui rentre dans ce resto assez populaire de la place. Il fait son possible pour monter discrètement les marches en haut desquelles l’attendent déjà une horde de fans qui l’ont repéré, la plupart, des étudiantes. On attend de lui qu’il prenne la pause photo alors qu’il est simplement venu boire une bière avec son ami. Il va leur faire plaisir car cela fait aussi partie du quotidien d’un artiste.

Douze ans auparavant, c’est pour l’immigration américaine qu’il avait pris la pause photo en s’installant en Floride avec sa mère. Depuis, beaucoup de choses se sont passées, cet élève qui avait comme principales options : le basket, l’académie de police et l’architecture, a muri et a finalement choisi une autre passion, la musique. Kenny Sinvil, plus connu sous le nom pseudo de Kenny Haïti est l’archétype du jeune qui a tant à montrer, qui se voit obliger de sortir de sa zone de confort. Il aurait pu se dire satisfait de son statut de ‘’role-player’’ (un langage propre au basket) pour rester dans l’ombre du double tenant du titre ‘’champion du carnaval’’ mais il a préféré faire cavalier seul depuis octobre dernier malgré une prolongation de contrat de trois années.

Ce qui fut un risque calculé mais bénéfique pour le natif de Saint-Marc qui n’avait pas de franc succès autre que la chanson « Pa ka ranplase’w » aux côtés de Roody Roodboy qui culmine plus de 3,1 millions de vues sur YouTube. Les morceaux « Renmen w a lenfini » et « Jou pa Nou » l’ont annoncé, les collaborations avec Baky, Franco Love et Yanni Martelly sur respectivement « Si’m te konen », « Kafou jòf » et « Gen bagay » ont prouvé que ce dernier a de quoi progresser pour quelqu’un qui est capable de mélanger le créole au patois jamaïcain ou de se servir d’une histoire personnelle pour en faire un hit. Cependant Kenny est appelé à performer en solo non pas sur quelques morceaux par-ci par-là, mais sur un album, justement à ce titre. Il finaliserait son 1er album qui tarde à sortir vu le chaos actuel qui n’augure pas une affluence massive lors des ventes signature. Surtout que les gens sont préoccupés ces temps-ci avec un gallon jaune à la main.

Pendant que sa dernière vidéo « Kisa pou m fè » fait son chemin, le nouveau phénomène est en pleine tournée sur le territoire au point de ne plus dormir comme il l’a révélé dans un tweet publié ce 10 septembre :
« Domi ap pete je’m men fom leve pou m’al jwe » (sic).

Dans la vie d’artiste, on doit monter sur scène tous les jours. Enormément de travail, beaucoup de sacrifices pour pas de mal de critiques et peut-être quelques standing ovation et des photos instantanées avec des fans. Lorsqu’on nous offre enfin la reconnaissance après laquelle on a couru toute sa vie, c’est que l’heure est venue pour se confirmer quitte à se priver de sommeil pour satisfaire une foule totalement acquise.

Une chose reste sûre : Kenny a d’autres surprises en stock.

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