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La banane empoisonnée

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«Si w pa manje bannann w ap manje k*k*. Si w pa manje bannann w ap manje k*k*.» tels ont été les mots chantés en boucle par des sympathisants de Jovenel Moïse, dauphin du chanteur nudiste Michel Joseph Martelly, surnommé «nèg bannann nan» alors que le pays était en pleine campagne électorale. Cette chanson chantée par les pro-Tèt Kale, des gens qui se revendiquent souvent comme des «moun pwòp», traduit non seulement l’arrogance mais aussi le mépris du régime face à ses adversaires.

Une partie de la presse avait présenté le natif de Trou du Nord, Jovenel Moïse, comme un «leader éclairé», titre qu’il se réclamait lui-même en dénonçant ce qu’il appelle les «politiciens traditionnels». Certains artistes et différentes personnalités de la place avaient emboîté le pas. Les nantis ont financé sa campagne électorale. On répétait à qui voulait l’entendre qu’il était le seul candidat à avoir un programme capable, s’appuyant sur sa formule magique «Tè a, solèy la, moun yo, rivyè yo», de remplir les poches et les assiettes de la population. Quelle ignorance !

En plein milieu de son mandat, on se rend déjà compte que le type n’a rien des qualités qu’on lui vouait. Le fait de nous avoir présenté Jovenel Moïse comme un «leader éclairé» était une farce, une arnaque au même titre que son fameux jardin de bananes qui n’est déjà plus et qui a coûté à l’État haïtien un financement estimé à plusieurs millions de dollars américains. Jovenel n’avait à la base, rien d’un «leader», voire d’un «leader éclairé». Ce n’est qu’une marionnette choisie par le régime «Tèt Kale» pour poursuivre sa mission : celle d’enfoncer le pays davantage dans la précarité, en augmentant les inégalités sociales.

Élu avec moins de 600 000 voix, Jovenel ne fait que travailler au profit de ceux et celles qui l’ont propulsé au pouvoir : les nantis qui tiennent l’économie du pays en otage depuis belle lurette. Son arrogance sans pareille et son obstination à asphyxier les plus pauvres au profit des plus riches nous ont amené aux événements des 6, 7 et 8 juillet. Après quoi ses différents discours aussi vides que nuls pour essayer de calmer la situation politique qui s’est aggravée avec les protestations relatives à la gestion des fonds PetroCaribe n’ont pas eu le résultat escompté. Ce qui nous a démontré qu’en plus d’être impopulaire, Jovenel n’est pas capable de mener le pays à bon port.

Aujourd’hui la situation est explosive en Haïti avec la dépréciation brutale de la gourde et la hausse subséquente de l’inflation, sans oublier la rareté de l’essence et de l’électricité. Le pouvoir d’achat des groupes les moins fortunés de la population s’amenuise de jour en jour. Pendant ce temps, le premier ministre Jean Henry Céant et le président Moïse tardent à s’entendre alors qu’il y a un dialogue lancé pour trouver une issue à la crise occasionnée par l’incompétence de ce pouvoir qui n’inspire plus confiance à qui que ce soit. Les parlementaires qui sont, en majeure partie, d’une ignorance et d’une insouciance à peine croyables, viennent de recevoir plus d’un million de dollars américains de subvention pour les fêtes de fin d’année – soit un million de gourdes par sénateur et 500 000 gourdes par député- .Quel gaspillage !

L’opposition appelle à manifester le 7 février et pendant que le gouvernemrnt prépare, imperturbable, les festivités carnavalesques qui vont coûter à l’État pas moins de 190 millions de gourdes! Notons que l’hôpital de l’Université d’État d’Haïti peine à trouver le matériel nécessaire pour prodiguer les soins nécessaires à ses patients, et encore moins pour gérer les cas d’urgence. Les professeurs, le petit personnel des administrations publiques tardent à percevoir leur salaire, mais nous avançons tête baissée vers la ligne rouge.

«Si w pa manje bannann w ap manje k*k*.
Si w pa manje bannann w ap manje k*k*.» A assister les différents agissements navrants du pouvoir en place, l’augmentation des taxes sans des services de base réels à la population, le déguerpissement des voisins de Jovenel Moïse à Pèlerin 5, son mépris face au massacre des habitants de la Saline, on peut sans exagérer se demander si cette banane, qui n’était cultivée que pour la campagne électorale, n’était pas empoisonnée…

Joubert Joseph

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À propos Joubert Joseph

Joubert Joseph, né à Port-Margot un 29 avril, passionné de poésie depuis son plus jeune âge, est poète et journaliste.
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