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La FIFA, pour le jeu ou pour l’argent ?

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La plus connue des compétitions internationales de football, la Coupe du Monde de la FIFA, est en passe de subir une énième évolution avec le vote d’un tournoi à 32 équipes. La décision a été prise afin d’impliquer plus de nations dans la principale source de revenu de la FIFA. Toutefois, cette décision ne fera pas seulement des heureux. Elle impliquera beaucoup de changements.

Il y a de cela deux ans, l’instance dirigeante du ballon rond, à savoir la FIFA, a été secouée par le cyclone de la corruption. De hauts fonctionnaires de l’institution ont été emportés par cet ouragan. Sepp Blatter, Jack Warner, Michel Platini sont les plus connus. Comme après tout ouragan, il fallait reconstruire, partir sur de nouvelles bases avec un coordonnateur qui connaît bien son métier, mieux encore, quelqu’un qui n’a pas été directement impliqué dans le ‘’FIFAgate’’. Gianni Infantino fut l’élu ! Ceux qui avaient l’habitude de regarder les tirages au sort des compétitions européennes comme l’Europa League ou la Ligue des Champions le connaissaient bien avant sa candidature. L’Italo-suisse avait misé sur son grand objectif d’élargir la plus lucrative des compétitions organisées par la FIFA. Polyglotte, il commença avec une vaste campagne dans les petits pays. Haïti a même été inclus dans ce fameux road trip.

Le côté financier

Les recettes qu’elle a amassées pour le Mondial 2018 (droits télé, sponsoring, hospitalité pour VIP, etc…) s’élèvent à 4,6 milliards d’euros, presque 2 milliards de plus qu’en 2010 pour le tournoi sud-africain. Plus de pays impliqués garantit d’avantage de recettes. Le taux d’inflation mondiale annuel de 2019 par rapport à l’année précédente est de 3,5%. Imaginez les calamités pour un pays sous-développé de s’attribuer les droits de retransmission. Depuis 2006, Haïti connaît des difficultés de paiement pour permettre à la population de regarder les matches. Aussi faudra-t-il souligner que la situation économique était plus éclaircie que la conjoncture nationale actuelle.

L’aspect organisationnel

Du point de vue de l’organisation, seuls les grands pays (en termes de superficie) peuvent l’organiser. Les candidatures multiples sont encore permises. Le Maroc est, depuis trois éditions, candidat à l’organisation d’une coupe du monde, mais enchaîne les défaites. Les tournois de 2018, 2022 et 2026 ont été attribués à des candidats plus riches respectivement la Russie, le Qatar et le trio nord-américain. Pourtant le géant sportif africain est l’un des rares pays du continent à pouvoir se vanter de posséder des infrastructures de standing international et la capacité financière d’en produire d’autres. Ce n’est pas sans raison que le sulfureux Javier Tebas a déménagé le match de la Supercoupe d’Espagne 2018 à Tanger. Le Brésil et la Russie qui sont pourtant des pays très avancés ont connu plein de soucis pour achever leurs stades à temps.

Le côté sportif

Avec une décision pareille, on aura droit à des scores fleuves, des matches totalement débridés mettant sous les projecteurs les faiblesses tactiques et techniques des petites nations de football. Imaginez un Bahrein vs Brésil en phase de groupe ! Ce sera comme assister à des matchs de PSG contre une équipe nationale en Coupe de France. L’écart sera, évidemment, abyssal. Ce sera un vrai coup dur pour la beauté du jeu. Toutefois, il permettra aux recruteurs des clubs de découvrir certains talents pas chers, de quoi faire des économies à moyen budget.

Que dire de la performance des joueurs ?

L’élargissement impliquera des déplacements significatifs des sélections. Il convient d’illustrer ce cas de figure avec un joueur comme le surcoté Kylian Mbappé. La star de l’équipe de France a vingt ans cette année, il en aura 27 en 2026, l’année du mondial nord-américain. Il joue en moyenne une cinquantaine de matches avec son club. Il aurait pu en jouer d’avantage si le PSG n’avait pas cet obstacle permanent des quarts de finale en Ligue des Champions, ajouté aux matches de Ligue des Nations et quelques rencontres amicales. Il sera alors appelé à disputer, par exemple, un match à Los Angeles contre une équipe asiatique dont la consigne est de donner des bastons à répétition et une semaine plus tard il devra disputer un match à Guadalajara (Mexique). Résultat ? Il sera tout simplement surmené. La probabilité pour qu’il fasse un bon match est faible, alors que celle pour qu’il se blesse ou ait un malaise est élevé. Certes, les clubs européens se déplacent beaucoup mais ce n’est ni en été, ni avec un groupe qui se forme en quelques jours avant le début de la compétition.

Somme toute, cette décision d’augmenter le nombre de participants à la plus prestigieuse des compétitions de football international est purement et simplement économique. Après tout, la FIFA reste une institution à but lucratif, intéressée par la maximisation des profits. Le slogan de la FIFA devrait désormais passer du « Pour le jeu, pour le monde» à « Pour l’argent » tout simplement.

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