La gangrène

Temps de lecture : 2 minutes

Tout le monde sait qu’une plaie non traitée peut s’infecter à n’en plus finir! Mais lorsque le malade est diabétique c’est encore pire. C’est le cas de ma mère. La blessure au niveau de son pied a tendance à s’exacerber parce qu’elle a perdu toute forme de sensibilité . À ce niveau , elle ne ressent plus rien. Elle a même eu recours à plusieurs méthodes, et ce,depuis quelques temps pour tenter de se soigner, mais le problème a perduré. D’ailleurs, les choses semblent aller de mal en pis! Mes frères et moi sommes les premiers à souffrir de cette situation.

Elle pue et c’est laid à voir! Face à notre impuissance, les conseils et recommandations fusent . Certains, comme mon oncle, lui diront de laisser la nature faire son chemin; d’autres comme une tante lui conseilleront d’avoir recours à la médecine traditionnelle . Nos cousins, pour leur part, lui disent de s’occuper que du dehors de la plaie et d’ici là… ça devrait aller.

Mes frères et moi – bien que les premiers concernés – nous semblons ne pas avoir voix au chapitre. Pourtant, nous avons une connaissance exacte de la solution la plus appropriée. Nous le savons : on ne résoud pas un problème en surface. Cela ne marche presque jamais. Pire, il récidive! Traiter un pied diabétique revient à changer son mode de vie et sa diète. Dieu seul sait, dans une conjoncture pareille, comment il sera difficile pour ma mère, tirée de part et d’autres, assujettie aux opinions de tous de le faire! La racine du problème doit être la cible . Sans quoi, elle ne guérira jamais. On pourrait tout aussi être radical et lui amputer le pied! Ce qui, selon nous, est nécessaire à ce stade des débats bien que les enjeux restent extrêmement élevés.

Traiter le problème sous-jacent originel demande un entretien de vigueur afin de maîtriser l’étendue des dégâts. Cela donnera du répit mais la plaie sera toujours béante. Encore, tout le monde aura encore son idée à dire sur le soin à appliquer. Le statu quo, quoi ! Non pas qu’il n’est pas nécessaire d’écouter les conseils et avis mais – comme on dit – quand il faut y aller, il faut y aller.

Radicaliser et passer à l’élimination totale du membre pourri reviendrait à demander à ma mère de ré-apprendre à se prendre en charge en reformatant son système de fonctionnement et de survie. Ce sera peut-être encore plus dur! Peut-être. Elle qui a déjà tant accompli dans sa vie et voilà qu’on lui redemanderait de tout recommencer !Solution extrémiste mais nécessaire. Ce sang versé la délivrera bien d’une gangrène avec laquelle elle a vécu si longtemps, mais il lui faudra du courage et le support de ses filles et fils pour y arriver.

Les deux (2) solutions présentées ont chacune leurs avantages et inconvénients. Laquelle serait la meilleure? Plus d’un opteront pour les changements superficiels : beaucoup de moins de risques et surtout les réactionnaires auront toujours leurs situations. Cependant, vous conviendrez avec moi que la gangrène qui pourrit la vie à Haïti, ma mère, devra bientôt être prise en charge une fois pour toutes. Sinon elle finira par y passer, et nous avec… C’est la table rase ou notre fin.

Ramona-Joëlle

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À propos Ramona Joëlle Adrien

Je m'appelle Ramona Joëlle Adrien, je suis étudiante, finissante, en Ergothérapie à la Faculté des Sciences de Réhabilitation de Léogâne. Je suis une mordue des livres; passionnée des arts, de la musique et du volley-ball. Écrire est pour moi un moyen de m'echapper et m'isoler du monde ou de partager ce qui se passe au fond avec l'extérieur.
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