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La personnalité et ses troubles dans un angle psychopathologique  

Temps de lecture : 8 minutes

Il devient bizarre, c’est sûr qu’il a changé, ça se voit.

‘’La personnalité est à l’homme, ce que le parfum est à la fleur’’, a dit un industriel américain Charles Schwab. Quelqu’un dira: ‘’Personne ne doit salir ma personnalité’’.

Ou ‘’Tu vois ce monsieur, il a une sacrée bonne personnalité ’’. Cependant, au delà de la liberté individuelle, des distorsions dans les schèmes peuvent donner naissance à des troubles de la personnalité. Ce qui n’est pas sans conséquences sur l’individu et son entourage. C’est quoi la personnalité ? Les troubles de la personnalité, comment les identifier dans l’axe psychopathologique et les prendre en charge ?

Traversons quelques courants psychologiques et quelques axes psychopathologiques pour essayer de cerner la question.

La personnalité d’un point de vue psychologique est l’ensemble des caractéristiques qui contribuent à la manière habituelle et distinctive de la personne de voir, de se sentir, et de se comporter. C’est en quelque sorte la personne en soi, ses perceptions et sa vie. Il faut savoir que la personnalité renferme des caractéristiques universelles (La similarité par rapport aux autres), des différences individuelles (Des points de non ressemblance) et l’unicité (Il n’y a pas de personnes identiques). Elle peut être considérée comme une structure complexe composée du tempérament, du caractère et des capacités cognitives.

Tempérament, caractère et capacités cognitives dans la personnalité

Le tempérament est biologique, il ne change pas; le caractère découle de la socialisation et les capacités cognitives, des connaissances provenant des multiples apprentissages. Tout cela influence l’individu à réagir d’une quelconque manière, une prédisposition à réagir, son attitude.

La personnalité et les théories

  • Approche psychanalytique  

La personnalité pour Freud, le père de la psychanalyse, est composée de plusieurs éléments par rapport aux topiques: Le conscient, le préconscient et l’inconscient. Il faut noter que l’inconscient pour Freud est la partie la plus importante de la personnalité. Dans le deuxième topique Freud parle du ça, du moi et du surmoi. Le ça est régi par le principe du plaisir; le moi, la réalité; et le surmoi, la morale.

  • Approche béhavioriste

Ce sont les expériences qui nous poussent à réagir. L’homme n’a pas de libre arbitre. Donc les facteurs environnementaux sont déterminants pour la personnalité. Ce qui est observable influence donc les pensées, les émotions, etc.

  • Approche cognitiviste

Chaque personne a sa perception de la réalité et ce sont nos pensées qui nous orientent vers l’avenir. Cette perception découle d’un construit personnel. Si ce construit se détache énormément de la réalité, nous pénétrons automatiquement un axe psychopathologique. Ce qui est contraire à la conception béhavioriste qui pense que c’est l’entourage uniquement qui nous influence.

  • Approche phénoménologique

C’est l’approche faite par la psychologie humaniste. L’idée c’est de comprendre le champ phénoménal ou l’univers de la personne pour l’aider. C’est à dire les désirs,  les expériences, les croyances et besoins de la personne en cultivant l’empathie et en ayant une considération positive de la personne. C’est dans cette approche que les hiérarchies des besoins ont été abordées par Abraham Maslow: Besoins physiologiques, besoins de sécurité, besoins d’appartenance, besoin d’estime et les besoins d’actualisation de soi.

  • Différents troubles de la personnalité

La psychopathologie s’intéresse aux troubles mentaux: Névrose; psychose; trouble de l’humeur; trouble envahissant du développement; trouble sexuel; trouble alimentaire, trouble de l’identité; trouble de personnalité, etc. À noter qu’un seul symptôme ne peut pas confirmer un diagnostic.

Quand il y a des distorsions dans les schèmes (Unité de base de la cognition), cela peut engendrer des troubles de la personnalité. C’est à dire une conception erronée, inhabituelle de la réalité qui dure dans le temps.

Il y a environ 10 troubles de la personnalité qui sont répartis en 3 groupes:

1. Groupe A personnalités excentriques (bizarres)

n Personnalité paranoïaque

n Personnalité schizoïde

n Personnalité schizotypique

2. Groupe B personnalités dramatiques ou erratiques

n Personnalité antisociale

n Personnalité borderline

n Personnalité histrionique

n Personnalité narcissique

3. Groupe C personnalités anxieuses

n Personnalité évitante

n Personnalité dépendante

n Personnalité obsessionnelle-compulsive

-…-

La Personnalité paranoïaque se manifeste par une méfiance excessive envers les autres, ce qui dérangera grandement l’entourage.

Signes selon le DSM IV

– Sensibilité excessive aux échecs et aux rebuffades,

– Refus de pardonner les insultes ou les préjudices et tendance rancunière tenace,

– Caractère soupçonneux et tendance envahissante à déformer les événements en interprétant les actions impartiales ou amicales d’autrui comme hostiles ou méprisantes,

– Sens tenace et combatif de ses propres droits légitimes hors de proportion avec la situation réelle,

– Doutes répétés et injustifiés sur la fidélité du conjoint ou du partenaire,

– Tendance à surévaluer sa propre importance avec perpétuelles références à soi-même,

– Préoccupation par des explications sans fondement à type de conspiration.

La Personnalité schizoïde se manifeste par un détachement des relations sociales et une grande baisse dans l’expression des émotions.

Signes selon le DSM IV

– incapacité à éprouver du plaisir,

– froideur, détachement ou émoussement de l’affectivité,

– incapacité à exprimer aussi bien des sentiments chaleureux et tendres envers les autres que de la colère,

– indifférence aux éloges comme à la critique,

– intérêt réduit pour les relations sexuelles,

– préférence marquée pour les activités solitaires,

– préoccupation excessive par l’imaginaire et l’introspection,

– désintérêt pour les relations amicales et absence d’amis proches,

– indifférence nette aux normes et conventions sociales.

La Personnalité schizotypique est caractérisée par une gêne aiguë dans les relations proches, par des distorsions cognitives et perceptuelles et des conduites excentriques.

Signes selon le DSM IV

– croyance bizarre ou pensée magique influençant le comportement,

– idées de référence,

– perceptions corporelles inhabituelles,

– méfiance, idéation persécutoire,

– pensées et langage bizarres sans lien avec le groupe culturel de référence,

– vie affective pauvre,

– comportement excentrique.

-…-

La Personnalité antisociale se manifeste généralement par une incapacité à respecter les normes sociales.

Signes selon le DSM IV

– indifférence froide envers les sentiments d’autrui,

– attitude irresponsable manifeste et persistante, mépris des normes, des règles et des contraintes sociales,

– incapacité à maintenir durablement des relations,

– très faible tolérance à la frustration et abaissement du seuil de décharge de l’agressivité,

– incapacité à éprouver de la culpabilité ou à tirer un enseignement des expériences, notamment des sanctions,

– tendance nette à blesser autrui.

La Personnalité borderline se manifeste  par une impulsivité et une instabilité des relations sociales, de l’estime de soi et des émotions.

Signes selon le DSM IV

– l’instabilité émotionnelle et le manque de contrôle des impulsions.

– la perturbation de l’image de soi,

– l’incertitude concernant les objectifs, les préférences, les choix, les

valeurs,

– le sentiment envahissant de vide.

La personnalité histrionique est caractérisée par une quête d’attention et une grande exagération dans les comportements.

Signes selon le DSM IV

– dramatisation, théâtralisme, hyperexpressivité émotionnelle,

– suggestibilité,

– affectivité superficielle et labile,

– désir permanent de distractions et d’activités où le sujet est le centre d’attention d’autrui,

– aspect ou comportement de séduction inappropriée,

– préoccupation excessive par le souci de plaire physiquement.

La Personnalité narcissique est caractérisée, selon le DSM IV, par des fantaisies ou des comportements grandioses, un besoin d’être admiré et un manque d’empathie.

-…-

La Personnalité évitante est caractérisée par une inhibition sociale, par la peur de ne pas être à la hauteur et une hypersensibilité au jugement négatif d’autrui.

Signes selon le DSM IV

– un sentiment envahissant et persistant de tension et d’appréhension,

– une perception de soi comme socialement incompétent, sans attrait, inférieur,

– une préoccupation excessive par la crainte d’être critiqué, rejeté,

– un refus de nouer des relations à moins d’être certain d’être accepté sans critique,

– une restriction du style de vie résultant du besoin de sécurité,

– un évitement des activités sociales ou professionnelles impliquant des contacts avec autrui de peur d’être critiqué, rejeté.

La Personnalité dépendante  se manifeste par un besoin excessif d’être  d’être pris en charge  par les autres.

Signes selon le DSM IV

– le fait d’autoriser ou d’encourager autrui à prendre la plupart des décisions importantes à sa place,

– la subordination de ses propres besoins à ceux des personnes dont on dépend,

– un sentiment de malaise ou d’impuissance quand le sujet est seul de peur de ne pouvoir se prendre en charge,

– la préoccupation par la peur d’être abandonné,

– une capacité réduite à prendre des décisions sans être rassuré ou conseillé de manière excessive par autrui.

La Personnalité obsessionnelle-compulsive se manifeste par une préoccupation par l’ordre, la perfection et le contrôle.

Signes selon le DSM IV

– indécision, doutes et prudence excessive,

– préoccupation par les détails, les règles, les inventaires, l’ordre, l’organisation, les programmes,

– perfectionnisme qui entrave l’achèvement des tâches,

– scrupulosité extrême, méticulosité et souci excessif de la productivité aux dépens de son propre plaisir et des relations interpersonnelles,

– discours recherché et attitude excessivement conformiste,

– rigidité et entêtement,

– insistance pour que les autres se conforment exactement à sa propre manière de faire ou réticence déraisonnable pour laisser les autres faire quoi que ce soit.

Il ne faut pas confondre les personnalités névrotiques, psychotiques avec la névrose et la psychose. Les troubles de la personnalité sont une catégorie à part classés dans le DSM.

Les troubles de personnalités n’apparaissent pas souvent comme motif de consultation psychologique. C’est l’entourage qui doit aider la personne à changer si toutefois le comportement est dangereux, nuisible ou inacceptable. Si non la personne peut vivre  avec ce changement dans sa personnalité sans trop de soucis. Si on parle par exemple d’un philosophe, artiste, religieux, etc. Quelqu’un qui voit différemment que le reste du monde par rapport à la réalité. Parfois la réalité peut être pire que le construit personnel. Ce qui nous ramène automatiquement à la considération positive inconditionnelle de l’approche humaniste de Carl Rogers. Il faut donc être attentif aux conceptions et comportements des gens pour comprendre où et quand intervenir.

Quoi penser de la personnalité des politiques ? Cet aspect du problème intéresse beaucoup de chercheurs des sciences humaines. À nous d’aller chercher plus loin.

Pascal APOLLON

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Notes
American Psychiatric Association.(2003). DSM-IV-TR : manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (4e éd. rév.; traduit par J.-D. Guelfi et M.-A. Crocq). Paris, France : Masson
ANDRÉ.F et al.(2002). les troubles de la personnalité.  Paris: Flammarion medecine-sciences ed.
HUFFMAN.K.(2014).Psychologie en direct ,4 ed.Quebec; Modulo
La revue du praticien vol 58, 15 mars 2001/ trouble personalite. Pdf
HARE.R.(1993) Without Conscience: The Disturbing World of Psychopaths Among Us. New York:Pocket Books.
« Le trouble de la personnalité antisociale », sur Maladiesmentales.org , 26 février 2009 (consulté en octobre 2018)
OLIVIER.G. Troubles de la personnalité , Question d’ Internat n o 286[PDF]
RICH HARRIS.J.(1999).Pourquoi nos enfants deviennent ce qu’ils sont.Paris: Robert Laffont.
« Différences entre personnalité, tempérament et caractère – Nos Pensées »,Nos Pensées, 26 mars 2018
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À propos Pascal Apollon

Je suis Pascal Apollon, écrivain, poète, slameur, critique littéraire ,responsable de la communication et des relations publiques à la société du samedi soir, présentateur d’émission et psychoéducateur stagiaire à Foyer Lakay (Faculté de psychoéducation du Campus Henry Christophe de l'Université d’État d’Haïti à Limonade). J'ai trois livres publiés en Haïti et en France, entre 2016 et 2018: J’aurai peut-être dix-huit ans ; Tche wòb Valantin et Grog, ''l'isolement'' . Je vis dans le Nord, plus précisément entre le Cap-haïtien et Limonade.
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