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La serrure est cassée

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« Peyi lòk » : Depuis le début de l’année, on a commencé à s’habituer à ce concept, à cette situation.

« Peyi Lòk » est devenu prequ’une normalité chez nous, en ce moment ! Vire tounen ou tande lari cho, fèmen tèt nou nan kay, evite soti. Et ceci, aux quatre coins du pays !

La fin de la semaine passée, je n’ai pas pu rentrer voir les miens à Port-au-Prince de peur de rester bloquée et ne pas pouvoir terminer mon stage. Là maintenant, deux semaines plus tard, j’ai l’impression qu’il aurait mieux vallu que je tente le coup.

Personne ne dit rien ! Le chat a mangé la langue au gouvernement. Tout simplement. L’opposition est comme cette araignée prise dans son filet. Le peuple… Eh bien lui, en quête de « soulajans »,  se tient semblable à un chat jouant avec la pelote de laine, et qui au final, ne sait plus où se mettre, attendant de parvenir à la défaire…

Telle une maisonnée dont la serrure est cassée, Ayiti se retrouve aujourd’hui en champ miné, dont les mines peuvent être déclenchées à n’importe quel moment.

La rentrée des classes… non ! Attendez !  Apa Septanm rive vre !?!? Ou kwè se vre, vre, vre!?!? Avec quels moyens ?? Dans quelles circonstances ?? Blakawout. Pénurie de carburant. Lavi chè tèt nèg. Insécurité à n’en plus finir. Grangou kloròks. Et la liste continue ! Le dollar continue de grimper; du coup, chez nous c’est la galère même pour un sachet d’eau.

Parlons un peu du pétrole… En fait, ce feuilleton me fait presque rire… Non, vraiment… Alors, chaque jour, ça doit être le labyrinthe, une mascarade à n’en plus finir pour une goutte de gasoline !?!

Le pire, presque chaque jour, il y a une horde de motocyclettes qui longe les rues de station en station criant et chantant -gallon en main, ou glissant sur le pavé-  : « Mare yo, mare yo mare yoooooo ! » telle une cavalerie attaquant l’ennemi.

Les petits commerces sont encore les cibles de ce mouvement de quasi protestation. C’est presque pathétique…

La clinique dans laquelle je fais mon stage de fin d’études ne fonctionne presque pas… Les patients viennent à peine. Les transports publics font « bec à terre ». Pas moyen de prendre le risque de se faire chopper en route. Ici aux Cayes, tu te réveilles chaque matin sans problème, tu marches dans les rues, les stations d’essence bondées comme pas possible, pas l’ombre d’un souci. Cependant, 10 heures du matin, tu entendras : »Mezanmi fèmen klinik la, men y ap boule kawoutchou ! «  et la panique recommence. Voilà mon quotidien depuis deux semaines…

Mais, refléchissons un peu… Clé ou pas… Saura-t-on jamais nous déterrer réellement de nos maisons ?? Arrêterons-nous jamais d’appeler à l’aide à ces statues de pierres que nous avons à la tête de ce bout de monde ??

Un certain quelqu’un vient, il demande un dialogue. Un quelconque se tient, et propose un problème secondaire au primaire. Une autre babie pour au final ne rien dire de rassurant. Et celui qu’on attend depuis des mois, pour dire un mot -qu’on sait pourtant qui ne vaudra rien- fait celui qui n’entend pas, telle une autruche, tête au trou et le cul en l’air.

Ramona-Joëlle Adrien

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À propos Ramona Joëlle Adrien

Je m'appelle Ramona Joëlle Adrien, je suis étudiante, finissante, en Ergothérapie à la Faculté des Sciences de Réhabilitation de Léogâne. Je suis une mordue des livres; passionnée des arts, de la musique et du volley-ball. Écrire est pour moi un moyen de m'echapper et m'isoler du monde ou de partager ce qui se passe au fond avec l'extérieur.
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