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L’Adieu aux armes, entre Guerre et Paix

Temps de lecture : 6 minutes

Il s’agit de la dernière valse Hemingway avant que Camus reprenne le flambeau. Vous l’auriez deviné, la danse est l’Adieu aux larmes.

Anecdote biographique sur l’auteur

Le 8 juillet 1918, en pleine Première Guerre mondiale, alors qu’il apporte du chocolat et des cigarettes aux soldats, un tir de mortier blesse Hemingway aux jambes, tue un de ses camarades et en blesse grièvement deux autres. Alors qu’il tente de ramener un camarade vers l’arrière, il est de nouveau blessé par un tir de mitrailleuse, mais parvient à un poste de secours, avant de s’évanouir. Pendant sa convalescence de trois mois dans un hôpital de Milan, il s’éprend d’une infirmière américaine, Agnes von Kurowsky, qui est son aînée de huit ans et qui lui inspirera le personnage de Catherine Barkley dans L’Adieu aux armes.

Résumé de l’oeuvre

Frédéric Henry, un ambulancier américain lors de la Première Guerre mondiale, est présenté à Catherine Barkley, une infirmière anglaise, par son ami Rinaldi, médecin chirurgien. Frédéric est un franc séducteur, mais évite de s’engager dans une relation sérieuse. Leur relation commence, mais progressivement, le jeune homme tombe amoureux. Au front, dans les environs de Gorizia, Frédéric est blessé par un tir de mortier et est transféré à l’hôpital américain de Milan, où Catherine est également affectée. Les jeunes gens sont contraints de rester à Milan durant l’été, et leur attachement devient plus fort.

Une fois son genou guéri, Frédéric est diagnostiqué de jaunisse. Mais il est renvoyé de l’hôpital car sa forte consommation d’alcool est découverte. Avant son départ, il apprend que Catherine est enceinte de trois mois.

Il retourne à son unité et constate que le moral y a beaucoup baissé durant son absence. La bataille de Caporetto éclate: les Autrichiens triomphent contre la ligne italienne, obligée de se battre en retraite. Du fait de la lenteur et du caractère désorganisé de la retraite, et pour éviter que ses hommes et lui ne soient pris pour cible par l’ennemi, Henry décide de sortir de la route empruntée par l’armée et la population, mais ses hommes et lui se perdent et l’un de ses ambulanciers est abattu sous ses yeux. Henry finit par rattraper le convoi qui se replie. À ce moment-là, en tant qu’officier, Henry est mis à l’écart pour être jugé par une police de l’armée qui interroge et exécute sommairement tout officier pouvant être tenu pour responsable de la défaite. Pour échapper à ce simulacre de justice, Henry plonge dans une rivière. Il parvient à rejoindre Milan en train.

Frédéric Henry retrouve Catherine à Stresa, mais il est prévenu en pleine nuit qu’il va être arrêté au petit matin. En pleine nuit, dans une barque, les deux amoureux fuient vers la Suisse à la rame. Ils mènent une vie paisible près de Montreux jusqu’à l’accouchement d’un mort-né. Catherine décède peu après sa naissance, l’hémorragie était trop importante.

Hemingway et la guerre

La première bonne raison de lire L’Adieu aux armes réside dans sa remarquable évocation de la Première Guerre mondiale. À travers les pages, Hemingway décrit le nombre d’atrocités avec les embuscades autrichiennes, les villages partiellement détruits, les longues cohortes de réfugiés, les exécutions sommaires d’officiers ayant ordonné la retraite de leurs troupes, les soldats déboussolés qui tentent de fuir la réalité dans les bras de belles de nuit ou au fond des bouteilles qu’ils éclusent.

Hemingway, pour avoir vécu cette guerre, décrit dans cette œuvre sa brutalité absurde. Mais Hemingway ne condamne pas la guerre et ce roman n’est pas l’œuvre d’un pacifiste. La guerre est au contraire dépeinte comme un événement inévitable dans un monde cruel et absurde.

« On se battait dans les montagnes, et le soir, nous pouvions apercevoir les éclairs de l’artillerie. Parfois, dans l’obscurité, nous entendions des régiments passer sous nos fenêtres avec des canons traînés par des tracteurs. La nuit, le mouvement était intense. »

L’amour à la première personne

« Miss Barkley était assez grande. Elle portait ce qui pour moi était un uniforme d’infirmière. Elle avait la peau ambrée et des yeux gris. Je la trouvais très belle. Je pensais qu’elle était un peu folle. Personnellement je n’y voyais aucun inconvénient. »

Dans ce roman où le personnage principal est le narrateur, l’amour devient le seul moyen de fuite. Ce tyran qui n’épargne personne surprend Henry, le séducteur invétéré. Écœurés l’un comme l’autre par la guerre, l’amour réunit Catherine et Henry va et leur permet de traverser moult épreuves.

On ressort de la lecture le cœur au bord des lèvres et quelque peu ébranlé. En effet, Frédéric et Catherine sont inoubliables, leur histoire résumant à merveille l’espérance que peut porter une existence humaine mais aussi l’ironie du sort qui parfois bouleverse les schémas établis.

Mais l’amour reste le plus fort des sentiments. Quand deux êtres s’aiment, ils ne sont en réalité qu’une seule et même personne et il ne faut pas faire exprès de ne pas se comprendre.

La mort, ce fléau qui nous tue

« Lorsque je pénétrai dans la chambre de Catherine j’eus l’impression qu’elle était morte. Son visage était livide. Elle était toute grise et faible et fatiguée.

Plus tard on m’apprit que le bébé était mort. Il n’avait jamais respiré !Il n’avait jamais vécu sauf dans le sein de Catherine. Pauvre petit gosse ! Maintenant Catherine allait mourir. C’est toujours comme ça. On meurt. On ne comprend rien. On n’a jamais le temps d’apprendre. On vous pousse dans le jeu. On vous apprend les règles et, à la première faute on vous tue. »

Hemingway, un génie

L’art d’Hemingway consiste à traiter un sujet romantique d’une façon qui ne l’est pas. Cela crée un contraste extrêmement séduisant et entraîne l’adhésion des lecteurs les plus désabusés.

Le style d’Hemingway passe au ras des choses. Il est très imité, mais jamais égalé. Il doit quelque chose à Mark Twain, pionnier du réalisme américain et auteur des Aventures de Tom Sawyer, ce roman pour enfants aimé par les adultes. Mais aussi à Flaubert qu’il découvrit par l’intermédiaire d’Ezra Pound.

Hemingway décrit non pas une émotion, mais le geste et l’objet qui la matérialisent et la symbolisent. Son style glacé, simple, rigoureux, note les faits avec une objectivité de procès-verbal. Il remplace les développements psychologiques par le récit de l’action et du comportement des personnages. Enfin il tisse un réseau de correspondances qui crée une ambiance climatique ou linguistique. « La prose écrit-il, n’est pas de la décoration, c’est de l’architecture « .

Hemingway est le plus simple des génies, et sa simplicité fait sa grandeur.

Yvan Jean Verlaine PIERRE

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À propos Yvan Jean Verlaine PIERRE

Yvan Jean Verlaine Pierre, 27 ans, médecin résident en Service Social. Amant de livres, d'aventures et de musique.
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