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Le conflit Israelo-Palestinien ou le jeu d’echec des grandes puissances

Temps de lecture : 8 minutes

En politique et en diplomatie, deux disciplines connexes, aucun choix, aussi insignifiant qu’il puisse paraître, n’est innocent. Tout est dicté par des intérêts d’ordres social, économique, et culturel.  Et chaque choix à son tour entraine des conséquences et des résultats considérables.

Ainsi, parmi les grands évènements du XXIème siècle, le conflit Israélo-palestinien, qui attire plus que tout l’attention de la communauté internationale, loin d’être un phénomène, un fait immédiat, est la résurgence d’un conflit séculaire, autrement la conséquence de certains choix démesurés d’acteurs historiques dans le temps.

Avant tout, il faut tenter de définir ce conflit, qui est une sorte d’affrontements sanglants et continus entre l’État d’Israël et la Palestine pour des questions géopolitiquesn. Autrement dit, c’est la cohabitation difficile de deux peuples sur presqu’une même région charriant elle-même une histoire de conquêtes, de guerres et d’affrontements.

Comment ça a commencé ? Quels sont les acteurs principaux et cachés de cette tragédie ? Quelles sont les intentions cachées des grandes puissances notamment la France, les Etats-Unis, etc. ? Quels sont les enjeux d’un tel conflit ?

Comprendre un tel conflit renvoie à un passé  lointain ou à  l’analyse exhaustive du déroulement  des faits ou  des grandes dates ayant jalonné cette histoire.

Au tout début ce fut la Palestine, une région du Proche-Orient entre la Méditerranée, le Jourdain (et la mer Morte) englobant l’actuel État d’Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza.

1220-1200 av. J.-C.  Les Hébreux conquièrent le pays de Canaan.  Il faut souligner que le terme Hébreu désigne  là , peuple à langue et à culture hébraïque, ou tout court, peuple de la Palestine, ou encore peuple dans la bible croyant au dieu Jéhovah, Yahvé…

64-64 av. J.-C. Rome soumet la région.

132-135 apr. J.-C. Commence la déportation des juifs, leur exil, ou leur migration à travers le monde. De-là les noms: Juifs, Hébreux et Israélites étaient presque synonymes et n’accusaient que quelques différences.

IVème S.  La conversion de Constantin au Christianisme fait de Palestine une terre Sainte.

634-640: La conquête arabe arrache la Palestine aux Byzantins (empire romain d’Orient) et l’intègre à l’empire musulman.

1099: Les croisés fondent le royaume latin de Jérusalem.

1291: les Mamelouks d’Égypte s’emparent des dernières possessions  latines et dominent le pays jusqu’à la conquête ottomane.

1516: L’empire ottoman établit sa domination pour quatre siècles sur la région, c’est-à-dire, jusqu’à la fin de la première guerre mondiale en 1918.

Entre temps, en 1882 débutaient en Russie, ensuite en Europe, les pogroms qui provoquent l’immigration des juifs, encouragée par le sionisme, mouvement pour la fondation d’un centre spirituel, territorial ou étatique juif en Palestine.  Une idéologie politique nationaliste apparue au XIXe siècle et dont Theodor Herzl, auteur  de  L’Etat des Juifs est le principal instigateur.

Cerner le sort des Juifs en ce moment à travers le monde est facile. L’expression “Juif errant” qu’on utilise encore couramment aujourd’hui sans ambages témoigne de leur situation difficile.

La diaspora juive disséminée à travers le monde, en Amérique, en Europe, subissait les pires traitements de leurs hôtes, ce qui développait davantage chez les Juifs l’idée de fonder cet État où ils  seraient en sécurité, où ils pourraient avoir une nationalité et une citoyenneté.

En 1914: L’empire Ottoman s’engage dans la première guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne.

En 1916: La révolte arabe contre les ottomans est soutenue par la Grande-Bretagne,  promettant la création d’un Etat Palestinien.

Le 02 novembre  1917 : La déclaration de Balfour est faite. Une déclaration officielle sur forme de lettre adressée par Lord Arthur Balfour, ministre britannique des affaires étrangères à Lord Lionel Walter Rothschild, dans laquelle il est consigné : « Le gouvernement de sa majesté prévoit favorablement l’établissement d’un foyer national pour le peuple juif en Palestine […]” 1

En 1918 : Après la première guerre mondiale, la France et la Grande-Bretagne sorties victorieuses partagent entre elles l’empire ottoman. La Palestine est placée sous mandat britannique. Le Liban et la Syrie sous mandat français.

Le conflit Israélo-palestinien actuel découle donc d’une double promesse de la Grande-Bretagne.  Celle de la création d’un État palestinien faite aux Arabes d’une part, et celle faite aux juifs  humiliés maltraités à travers le monde, de créer un État  où ils seraient finalement en sécurité en Palestine.

Ainsi, contrairement aux autres conflits accidentels, le conflit Israélo-palestinien a un début planifié, une date de naissance: le 2 novembre 1917

De 1928 à 1939 des troubles sanglants opposent déjà les Palestiniens aux immigrants juifs qui s’accroissent en nombre.

En 1947 l’ONU décide le partage de la Palestine entre un État juif et un État arabe, lequel partage fut rejeté par les arabes.En 1948 la Grande-Bretagne mit fin à son mandat, le 14 mai l’État d’Israël fut proclamé.

Après cette défaite arabe (première guerre) les Palestiniens se réfugiaient dans les zones limitrophes.

En 1964 l’Organisation de la Libération de la Palestine est crée.

En 1967 les limites territoriales sont à nouveau définies, ce qui n’empêchait pas que les territoires  palestiniens soient de plus en plus occupés par les juifs.

Ainsi, de 1987 à nos jours cette région est le théâtre de soulèvements populaires palestiniens (Intifada).

Qu’est-ce qu’il faut comprendre à partir de ces faits historiques ?

Il est clair que si le conflit découlait d’une histoire de vieille date, l’une de ses causes principales était et demeure avant tout la politique des grandes puissances, plus précisément, celle de la Grande-Bretagne.

Alors que chaque jour le sang coule à flots, des êtres humains vivent dans les pires situations les véritables questions devraient être :

Quelle issue pour sortir de ce conflit inhumain ?

Les Juifs doivent-ils offrir la citoyenneté aux Palestiniens dans un État Israël unifié ou les expulser ?

Les Palestiniens doivent-ils poursuivre leur résistance dans l’espoir de créer un État Palestinien autonome?

Les juifs doivent-ils mettre fin à l’absorption et l’occupation des territoires palestiniens pour accepter l’existence d’un État arabe libre et autonome ?

Quelle est la position des différents acteurs et instances internationaux ?

Aujourd’hui, nombre de résolutions de l’ONU plaident pour une entente entre les deux peuples, une solution à deux Etats (résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations Unies), une solution juste pour les réfugiés (résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations Unies), la fin de l’occupation israélienne (résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations Unies) et la préservation du statut de Jérusalem (résolutions 476 et 478 du Conseil de sécurité des Nations Unies).

Alors que l’État d’Israël continue d’enfreindre de plus belle le droit international, puisque l’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967.

Les Etats-Unis, eux ont clairement pris position par la décision du Président américain de transférer l’ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem. Un choix significatif qui montre sans ambigüité le support des Etats-Unis aux Juifs.

Mais, plus loin, on peut avancer que les Etats-Unis  par ce choix ne cherchaient qu’à classer une fois pour tout le problème de la migration massive des juifs à travers le monde et principalement chez eux.  Un choix qui serait aussi raciste que politique.

Pourtant ce fut le cas pour le Libéria fondé en 1822 par une société américaine de colonisation, l’American Colonisation Society, pour y installer des esclaves noirs libérés.

À partir  de cette approche, on peut aussi comprendre que l’une des causes voilées d’un tel conflit, le conflit israélo-palestinien, a été le racisme, l’antisémitisme des occidentaux, qui les obligeait à poursuivre les juifs et même les exterminer, avec Hitler.

La France de son côté, joue au Ponce Pilate, tout en menant sournoisement une politique impériale sous des dehors humanitaires. Dans un article de France Diplomatie intitulé “Israël/Palestine: 9 clés pour comprendre la position de la France”    publié en mars 2018. Il est écrit que:

« La France est l’amie d’Israël et de la Palestine. […]

La France a été l’un des premiers pays à reconnaître le nouvel État et à établir avec lui des relations diplomatiques, dès 1949. […]

La France est aussi l’amie de la Palestine et soutient la création d’un État palestinien, vivant dans des frontières sûres et reconnues, en sécurité au côté d’Israël, avec Jérusalem comme capitale de ces deux Etats. […]

Ainsi la France promeut une solution à deux Etats […].

La colonisation est illégale au regard du droit international (notamment au regard de la IVe Convention de Genève et de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies), elle menace la viabilité de la solution des deux Etats et constitue un obstacle à une paix juste et durable. »

Mais, faut-il se demander quelle France ose dénoncer la colonisation à un moment où elle presse l’Afrique de l’Ouest et du Nord comme un citron !

Plus loin l’article continue en soulignant que:

«La France appelle également Israël au plein respect du droit international humanitaire qui s’applique dans les Territoires palestiniens et à faire preuve d’un “usage proportionné de la force.»

Un conseil que la France doit appliquer elle-même, et avant tout autre pays.

Et il conclut en précisant que: « La France est particulièrement attentive à la question des conditions de vie des Palestiniens, qui est indissociable de celle de la résolution du conflit. […]

Le principal secteur d’intervention de l’Agence française de développement. Au cours des 20 dernières années, l’AFD a financé treize projets eau et assainissement dans les Territoires Palestiniens pour un montant total de près de 106 M€ […]

La France est pleinement engagée pour venir en aide à la population gazaouie, à travers l’aide qu’elle apporte dans de nombreux domaines (aide alimentaire, formation professionnelle, santé), et à travers la présence de l’Institut français de Gaza, seul centre étranger présent dans la bande.»

A considérer le fameux proverbe “Qui finance, commande” et la politique post et néocolonial des grandes puissances depuis les années 60 – laquelle consiste à encourager l’éclatement des mouvements nationaux et la décolonisation des pays pour les soumettre ensuite ou les coloniser sous une autre forme qu’est l’endettement- l’on peut donc prévoir les intentions cachées et réelles de la France.

La France qui, depuis un temps, entretient une idylle intéressée avec les intellectuels Arabes/ Palestiniens qu’elle essaie de courtiser par tous les moyens: promotion de leur littérature, prix, invitations, décorations, et la cerise sur le gâteau, l’idée d’introduire l’arabe dans l’enseignement en France. Une idée soutenue par l’écrivain Tahar Ben Jelloun, prix Goncourt 1987, qui croit qu’enseigner l’arabe aux élèves musulmans en France pourrait empêcher leur radicalisation.2

Somme toute, on aura beau faire appel à la conscience de l’un et la résistance de l’autre. On aura beau tancer l’un et demander justice pour l’autre, que le conflit Israélo-palestinien restera un jeu d’échec des grandes puissances dont les seules victimes sont les Palestiniens et les Juifs.

Puisque ce conflit qui fait couler du sang autant qu’il fasse couler de baves, repose avant tout sur le racisme, l’hégémonie, et la ruse des Grandes puissances qui en un tour de main auraient pu cesser de telles abominations qui rongeaient l’humanité à mesures.

Conflit israélo-palestinien, le soleil luit pour tout le monde.

©Elbeau Carlynx

Références
1-Xavier Baro n, Les palestiniens : Genèse d’une nation, Seueil, 2000.
2- HYPERLINK http://resistancerepublicaine.eu/2018/0916/pour-tahar-benjelloun-enseigner-larabe-a-tous-les-petits-francais-empecherait-leur-radicalisation/
http://resistancerepublicaine.eu/2018/0916/pour-tahar-benjelloun-enseigner-larabe-a-tous-les-petits-francais-empecherait-leur-radicalisation/
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À propos Elbeau Carlynx

Elbeau Carlynx est né en Haïti le 07 mars 1994. Il a fait des études en Histoire. Mention spéciale prix international chansons sans frontières en 2018. Prix international Centre-Troyes UNESCO en 2017. Prix international Léopold Sedar Senghor 2016. Mention spéciale prix International Poésie en liberté en 2015. Prix international poésie en liberté en 2012.
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