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Le racisme et le foot

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Dans le foot, les noirs qui ont la chance de se retrouver derrière un filet sur une pelouse d’Europe le doivent souvent à un poste de ramasseur de balles. Cependant c’est encore plus frappant lorsque c’est un jeune de 19 ans qui s’y retrouve pour défier un groupe de supporters racistes. D’autres auraient pu quitter le terrain ou les insulter en riposte mais le jeune Moise Kean ne se défile pas.

En Amérique du nord, on aime les success stories qui partent de loin, certaines d’un garage (Bill Gates), d’autres d’un dortoir d’Harvard (Mark Zuckerberg et Facebook). On oublie trop souvent que d’autres sont issus de la brousse d’un pays sous-développé de l’Afrique ou d’une banlieue d’une grande ville comme Paris (Kylian Mbappé). Or dans ces quartiers, on trouve parfois des jeunes qui, bourrés de talents, permettent de soulever des trophées internationaux à des pays où le Front National existait hier encore comme l’un des principaux partis politiques.

Les origines du racisme sont profondes. Un manque de curiosité de l’autre, une absence de compréhension, une incapacité à tolérer la différence qui génèrent une angoisse de l’autre conduisant à un rejet. Cela se produit souvent par instinct de protection de son propre territoire que l’autre vient menacer par sa simple présence. En football, ce sentiment s’accentue lorsque celui qu’on a considéré comme une menace est de loin meilleur parmi les vingt-deux acteurs. Lors de l’affrontement Inter-Napoli (1-0) par exemple, des intéristes, pourtant issus d’une ville cosmopolite, ont lancé des cris de singes à l’endroit de l’excellent Kalidou Koulibaly qui n’a malheureusement pas eu les nerfs solides et a balancé un joueur milanais hors du champ de jeu. Ce qui lui a valu un carton rouge. Plus récemment, alors que la sélection d’Angleterre écrasait celle de Monténégro (5-1), les supporters de ce bout de terre, qui dix ans de cela était rattaché à la Serbie, insultaient tous les joueurs noirs de l’équipe anglaise dont Callum Hodson-Odoi et Raheem Sterling les principaux artisans de cette large victoire à l’extérieur.

La semaine dernière, à la suite des matchs internationaux, les journaux italiens faisaient leurs unes avec le visage du jeune Moise Kean qui a scoré à deux reprises. Les rédacteurs voient déjà en lui le nouveau ou encore le Balotelli 2.0 (juste le coté talent pas le caractère), surtout que les deux ont des biographies similaires. Les deux sont les fruits de pères lâches qui ont manqué à leur devoir. L’aîné a été adopté par une famille italienne alors que le plus jeune doit tout à sa mère comme il l’a bien rappelé à son père qui essayait de s’attirer les lauriers de la gloire de son fils. Dans le dernier match de Série A, la Juventus se déplaçait en Sardaigne pour affronter Cagliari. Ce ne fut pas simple mais la Juve a gagné (comme d’habitude) avec un but de Moise Kean qui s’est pourtant fait siffler tout au long de la rencontre, tout comme son compagnon Blaise Matuidi – champion du monde – rappelons-nous le. Il faudra aussi noter l’élégance du capitaine de Cagliari qui a demandé, à plusieurs reprises, à ses supporters de cesser les cris. Un hic cependant demeure ! Quand Kean score pour la Nazionale, il est italien mais quand il score contre leurs clubs, il est un africain. Attendez-vous ce qu’il souffre des mêmes reproches que Mario Balotelli. Lorsque ce dernier jouait bien, on lui disait italien mais dans ses mauvais jours, on mettait l’accent sur son origine ghanéenne.

Blaise Matuidi, dégouté, a voulu laisser la pelouse, mais l’arbitre n’a pas adhéré à cette décision. Contrairement à ce qu’on peut penser, un homme seul peut faire bouger les choses ne serait-ce que par millimètre. Suley Muntari a laissé volontairement une pelouse de la Série A, quelques saisons de cela, mais cela n’a pas empêché des récidives. La meilleure réponse face au racisme dans les stades fut celle de Dani Alves lors d’un match de Liga espagnole. En allant tirer un corner, un supporter de Villareal lui a envoyé une figue banane. Le brésilien l’a pris et l’a mangé comme si de rien n’était. Finalement, celui qui l’a envoyé est devenu la risée de ses propres compagnons. Ce supporter réfléchira peut-être, à deux fois, face à Daniel Alves.

Le Président de l’UEFA, Ricardo Ceferin a encouragé les arbitres à faire preuve de courage pour suspendre les rencontres en cas de provocations racistes. Il paraît évident que cette mesure sera peu suffisante. Des sanctions plus sévères comme imposer un huis-clos pour toute une saison à un club découragerait les écervelés [ peut-être ] à continuer cette pratique. Le racisme a décimé des populations entières, la perte de millions sur une année paraîtrait aussi peu suffisante comme solution.

De l’abolition de l’esclavage à l’indépendance des colonies, de la fin de l’Apartheid aux quotas au sein des institutions, les hashtags sur les réseaux sociaux jusqu’à l’élection d’un noir à la Maison Blanche dans le pays le plus raciste au monde ne semblent pas suffisants pour transformer la société. Aujourd’hui encore, les noirs sont la cible de violences policières et de personnes qui n’ont pas leurs places au sein d’un stade de foot.

Comme il est dit dans Green Book de Peter Farrelly (récompensé par l’oscar du meilleur film de 2018) :
« Etre génial n’est pas suffisant, ça demande du courage pour changer le cœur des gens ». Il nous faudra encore beaucoup de Suley Muntari mais des pléiades de Daniel Alves.

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