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Le tambour roula

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J’ai connu ce couple qui habitait à trois maisons de la mienne. L’homme dans la quarantaine n’avait d’yeux que pour son épouse. Il se faisait même traiter de mouton sur le quartier. La femme dans la trentaine, faisait partie de ces femmes qui n‘ont jamais rien possédé à la sueur de leur front: pas d’enfants ni d’animaux de compagnie. L’homme travaillait d’arrache-pied pour pourvoir au moindre petit désir de sa femme qui ne travaillait pas.

Un couple tout à fait heureux aux yeux de tous. Cependant ils avaient un petit quelque chose de particulier que seuls leurs voisins immédiats pouvaient suspecter…

Une fois par mois ils se battaient, toujours à la même date, et à chaque fois la femme devait se réfugier chez sa mère et son mari allait toujours la chercher. Ils étaient toujours plus heureux qu’avant. Dieu seul sait ce que la belle-mère fournissait à sa fille pour le rendre docile.

Comme à l’accoutumée, la date de leur bataille s’approchait à grand pas mais cette fois elle n’eut pas lieu. Elle n’aura d’ailleurs plus jamais lieu. Il y avait un « bòkò » qui logeait tout près de chez eux. En cette date, il donnait une danse en l’honneur des lwa dans son lakou. Il avait invité tout le quartier à y prendre part. Au grand étonnement de tous, l’épouse modèle, celle qui ne se frottait à personne, était là ! Chose plus étonnante encore, à son arrivée, le « bòkò » a tenu à lui faire un ochan.

La cérémonie battait son plein quand le mari a fait une entrée des plus remarquables dans le lakou. Le prestigieux homme d’affaires, sous le roulement des tambours, a pénétré le lakou en rampant. Le bòkò l’a accueilli avec du sirop. Il était possédé par le dieu de la bonté, Damballah. Ce dernier réclamait la libération de son « chwal » par son épouse qui le menait à la baguette par les pouvoirs de la magie noire.

Terrassée, la femme s’est empressée de laisser les lieux. Le lwa ne semblait pas vouloir lâcher le morceau, il l’a suivie jusqu’à chez elle. Le bòkò avait pris la même direction ainsi que la foule curieuse qui ne voulait pas rater la suite.

Les tambours s’étaient unis pour ne former qu’un, à force que les yeux de la femme sortaient de leurs orbites, le son devenait de plus en plus puissant. À force que le lwa réclamait la libération de son chwal, le tambour roulait de plus en plus fort. Ne pouvant plus résister, menacée par le lwa, elle pointa la chambre conjugale du doigt. Le lwa s’y glissa et en ressortit avec une poupée en toile avec une photo de l’époux épinglée dessus et un tas d’autres choses qu’elle utilisait pour garder l’homme.

Danmballah s’en alla en laissant tout ce qu’il avait trouvé entre les mains de l’époux et en informant l’épouse qu’il s’occupait de lui mettre la raclée tous les mois. Ce soir là, le tambour roula !
Le tambour roula au retour du mari.
Le tambour roula pour l’ouverture de ses yeux. Le tambour roula aux oreilles de tous. Il roula pour la libération de l’époux, pour le triomphe de la bonté.

Justine Isaac

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À propos Justine ISAAC

Étudiante en sciences juridiques à l'Université Quisqueya. Je suis une Cayenne passionnée de l'écriture et de la lecture.
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