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Cette photo sert uniquement d'illustration à l'article | Un prédicateur de rue à Lilongwe, au Malawi. Certains pays d'Afrique cherchent à réglementer les cultes et les églises pour faire face aux abus en tout genre. © AFP PHOTO / AMOS GUMULIRA

L’Église : les chrétiens, des anges vivant sur terre? (2)

Temps de lecture : 8 minutes

Regard critique sur la conception des dirigeants de l’Église (protestante) d’Haïti face aux responsabilités citoyennes

Par Hamilton FRANÇOIS.

La réflexion se poursuit. Si la première partie avait traité les rapports Église-Société montrant que l’Église a effectivement pris naissance dans un cadre culturel juif, elle a aussi montré que son évolution s’est inscrite en grandes lettres dans un contexte de pluralisme socio-culturel qu’il ne faudra, en aucun cas, négliger. Ainsi, il est important d’aborder la responsabilité citoyenne des fidèles de l’Église ( Protestante) en général mais spécifiquement en Haïti.

La responsabilité citoyenne des fidèles de l’Eglise (Protestante) d’Haïti

Il est admis que la véritable Église est faite d’hommes et de femmes. Où qu’ils se rassemblent, quel que soit le lieu de leur rassemblement, ils forment l’Eglise de Jésus-Christ. Il ne faut pas oublier que, pour mieux comprendre ce que signifierait le mot Eglise, il fallait rester au grec qui est tellement riche de sens. L’Ekklesia du temps de la Grèce ancienne était faite de citoyens en pleine jouissance de leurs droits civils et politiques. Elle était donc faite de citoyens. Il fallait être citoyen grec pour faire partie de l’Ekklesia et celle-ci avait la responsabilité de gérer des villes, de gérer des régions, de gérer une justice, une police, etc. Dans cette Grèce antique, lors des réunions de ces assemblées, on commençait toujours par la prière et par le sacrifice parce qu’on était irrésistiblement religieux. A l’époque, deux règles commandaient ces assemblées des citoyens. La première, l’égalité, tous les citoyens étaient sur le même plan. Voilà peut-être pourquoi, l’apôtre Paul inspiré par le Saint-Esprit a pu écrire : « Il n’y a plus ici dans l’Eglise ni barbare, ni scythes, ni juifs, ni homme, ni femme, ni esclave, ni libre mais nous sommes un en Jésus-Christ » (Galates 3 v 28). La seconde, c’est la liberté ; les assemblées devaient être faites d’hommes et femmes libres.

Par ailleurs, Woldson BERTRAND constate que les chrétiens vivent une autre réalité dans les pays pauvres notamment en Haiti. A ce titre, il écrit : « Le christianisme tel qu’il est enseigné dans les pays du tiers monde, et surtout dans le nôtre, est incapable d’accompagner l’Etat dans la production de bons citoyens. Cette religion déconnecte ses fidèles du tiers et du quart monde, des réalités de leur quotidien et les porte à rompre avec les idéaux nationaux. » Selon lui, les fidèles passent beaucoup de temps à l’Eglise et entre frères se désolidarisant presque totalement des enjeux liés à la souveraineté nationale, au bonheur de la race, au développement et au progrès du pays. Le chrétien pratiquant, généralement tiers ou quart-mondiste ou plus particulièrement haïtien, catholique ou protestant, vit dans une bulle et assassine le patriotisme de ses enfants après l’avoir déraciné en lui. En ce sens, on peut affirmer qu’en étant dépossédé de toute humanité, de toute identité, aux tiers et quart-mondistes (les pauvres) il ne reste que leur corps.

La responsabilité citoyenne du chrétien est de s’ouvrir sur le monde et de se sentir concerné par l’environnement dans lequel il évolue. Pour cela, il faut être au milieu de la société comme Jésus a été au milieu des hommes comme serviteur (Jean 13 v 14-15). C’est en serviteurs, comme l’a si bien fait le Christ, que nous voulons prendre notre place au sein de la société dont nous faisons partie, attentifs aux besoins et aux détresses de notre monde. Pour ainsi dire, Dieu nous enseigne d’aimer nos frères et sœurs comme nous-mêmes dans l’un de ses commandements. D’ailleurs, il nous dit qu’il est amour. En effet, l’époux de l’Eglise justifie cet amour en disant : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle »(Jean 3 v 16). Il est à noter que l’amour du prochain doit l’amener à une citoyenneté active, dans un esprit de service à la collectivité, car la foi sans les œuvres est morte. De ce fait, les Chrétiens, par leur engagement dans la cité, veulent être témoins du Royaume d’amour, de justice et de paix voulu par le Christ, qu’il nous demande de manifester déjà, mais que lui seul établira pleinement quand il reviendra. Cet engagement peut prendre de multiples formes comme : actions individuelles, engagement associatif, exercice d’un mandat politique, etc.

De plus, l’Evangile fait naître une Eglise qui est en elle-même un lieu d’intégration d’hommes et de femmes marginalisés dans la société. Pour cela, la communauté chrétienne doit s’interroger à propos de la place des pauvres en son sein. L’attention évangélique aux pauvres suppose leur reconnaître la place que Dieu leur a préparée dans son Église. Ce qui explique que l’Eglise n’est pas seulement un lieu de prière et service, mais aussi un lieu où l’on met les plus défavorisés, les démunis, les handicapés en valeur. L’Evangéliste Telor a fait remarquer que des fois les gens n’ont pas de problèmes de prière, donc qu’en arrivant chez eux on n’a pas besoin de prier ; mais de préférence, il faut apprendre à connaître les problèmes des fidèles.

Pourquoi veut-on prier avec quelqu’un qui est affamé ? Supposons qu’on soit d’accord sur le fait que l’homme ne vive pas seulement de pain mais il faut que les gens aient un minimum pour vivre. Ce qui peut entraîner de meilleures préparations et dispositions pour les activités de l’Eglise, car comme dit le dicton : ventre affamé n’a point d’oreille. Ainsi, considérant que le fait de valoriser les plus vulnérables ou les déprimés est l’une de ces préoccupations majeures, le Christ exhorte ses disciples à entretenir cette même préoccupation au profit de cette classe sociale.

Outre la classe citée plus haut, Samuel GERMAIN a fait savoir que l’époux de l’Eglise invite son épouse à tenir compte d’autres catégories de la société comme celle jugée en faillite spirituelle à l’instar desprostituées, les criminels notoires, etc. Jésus répondait ainsi les Pharisiens qui rejetaient le fait qu’il mangeait et buvait avec les publicains et les gens de mauvaise vie : « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin mais les malades. Allez et apprenez ce que signifie : je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »(Math 9 v 10-13).

Vu les détails susmentionnés, il est clair que les chrétiens ne sont et ne doivent pas être des spectateurs, mais des acteurs qui ont des droits civils et politiques comme toutes autres personnes. Ils participent au développement de la communauté parce qu’ils sont des citoyens qui ont des engagements envers leur cité à l’instar des citoyens grecs de l’antiquité mais surtout comme le Christ a enseigné l’amour de la collectivité à travers le prochain. En enseignant l’amour, il s’avère donc crucial de nous aimer les uns les autres. Ce qui va engendrer certainement l’amour de la communauté ou de la collectivité. Ce qui ne se fera pas sans le rôle des dirigeants dans la mission que devrait avoir l’Eglise au sein de la société ( cette partie sera traitée dans le prochain texte).

À suivre…

BIBLIOGRAPHIE
1- André BIELER, La Pensée économique et sociale de Calvin, Vol. 13, Genève : Faculté des Sciences économiques et Sociales de l’Université de Genève, 2008.
2- Charles-Daniel MAIRE, Parole de Dieu et culture des hommes : De la nature a la culture, de la culture au culte du Dieu de la Bible. Valence Cedex : Éditions LLB, 2006.
3-Ed SILVOSO, L’Évangélisation par la prière : comment changer le climat spirituel sur nos foyers, notre entourage et notre ville. Traduit de l’Anglais par Marie-Louise Lardy, Carlifornia : REGAL books; Nîmes : Vida, 2004.
4- E.h BROADBENT, L’Église ignorée, Éditions Impact, <<La collection d’or>>, Québec, 1998.
5-Kerlens TILUS, l’Eglise Protestante et le développement durable en Haïti, http:// Rezonòdwès.Com (Consulté le 07 Septembre 2019).
5- Max WEBER, L’éthique protestante et l’Esprit du Capitalisme, Plon, Paris, 1967.
6- Maurice GODELIER, Communauté, Société, Culture : trois clefs pour comprendre les identités et conflits, Éditions CNRS, Paris, 2009.
7-Nicole JULES-MARCEL, Précis d’Histoire de l’Église, Éditions de l’Institut Biblique, 2005.
8- Samuel GERMAIN, Quelle Église pour quelle société?: Une analyse descriptive des rapports de l’Église avec la société, Éditions les presses de l’imprimerie Media-Texte, 2018.
9- Sony Lamare JOSEPH, Notre Église et le sous-développement : Et si on communiquait mieux, Volume 2, Port-au-Prince: Media texte.
10- Sony LAMARRE JOSEPH, Notre église et sous-développement. Cité par Kerlens TILUS in l’Eglise Protestante et le développement durable en Haïti, http:// Rezonòdwès.Com (Consulté le 07 Septembre 2019).
11- Woldson BERTRAND, Le rôle citoyen des jeunes chrétiens. Conférence prononcée à l’Eglise Armée du Christ de Mon Repos 52, Le dimanche 17 Novembre 2103.
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