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Les deux visages de la migration de masse

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L’homme aspire à différentes choses dans son existence; à différents besoins: le besoin de se reproduire, de se divertir, de s’alimenter, de se protéger et surtout de se déplacer. C’est l’un des exercices physiques les plus effectués. Il se déplace pour réaliser tous les autres besoins cités plus hauts. Ce déplacement peut être local, régional et international. Dans l’histoire de l’humanité, la vie a pris naissance en Afrique et a évolué simultanément sur trois (3) continents avant de se poursuivre en Amérique. Les changements climatiques, le mode d’organisation sociétale de l’époque qui se basait sur le déplacement permanent pour suivre les grands animaux et se nourrir, l’esprit de curiosité sont les causes majeures de la migration. En dépit du fait de la venue de l’ère de la sédentarisation, l’homme continue à explorer les espaces, à défier l’horizon. Aussi longtemps qu’il évoluera, la technologie du transport terrestre, maritime et aérien évoluera de pair avec lui. Ainsi, l’homme apportera dans son sillage, son mode de vie, son idéologie de domination. Les occidentaux ont apporté en Afrique et en Amérique leurs quatre facteurs de domination qui sont les voyages d’exploration, l’esclavage, l’impérialisme et l’ordre mondial actuel.

Les voyages d’exploration

C’est avec les Vikings et de grands rois africains ( on en parlera moins) que les voyages d’exploration commencèrent. Ce qui réfute la thèse que c’est Christophe Colomb qui est le premier européen à mettre les pieds en Amérique. Après une tentative d’installation dans l’actuel territoire du Canada, ils iront s’installer au Groenland. Ensuite, Marco Polo continua l’exploration en allant en Asie. S’ensuit les voyages de Fernand de Magellan dans le pacifique qui a effectué la première circumnavigation, de Christophe Colomb dans les caraïbes de Pizarro au Pérou d’Hernan Cortez au Mexique et d’Amerigo Vespucci en Amérique du Nord et Sir Francis Drake au Canada. Leur installation a suscité des conflits avec les autochtones. La supériorité des armes et les maladies importées ont eu raison de ces derniers. Ils ont été plusieurs milliers à sortir de leur pays d’origine pour les colonies. Dès lors, leurs colonies respectivement espagnoles,anglaises, portugaises, hollandaises et françaises ont établi le système de domination de l’homme par l’homme qui est l’esclavage, une domination qui avait déjà existé dans leurs pays et prenant d’autres formes comme la féodalité.

L’esclavage

L’esclavage existait déjà dans les temps anciens. D’ailleurs,l’expression esclave vient du nom Slaves qui est un ancien peuple européen. Avec la colonisation de l’Amérique et l’implantation du système capitaliste, les européens ont déplacé des millions de captifs noirs . Hommes, femmes et enfants, sans compter ceux qui sont morts en route vers les baraquements et ceux qui sont morts durant les traversées. Les occidentaux ont dépouillé l’Afrique de ses ressources humaines. Ce continent a toujours subi les conséquences de l’esclavage et de la colonisation. Des millions de personnes ont été déplacées. C’est l’un des grands moments de la migration. Ces personnes dépouillées de leur dignité et de leur identité ont été acheminées dans toutes les colonies européennes. De l’Amérique du Nord à l’Amérique du Sud en passant par l’Amérique centrale et les Caraïbes.

Des hommes de races blanches se déplacèrent volontairement partout où ils pensent asservir les Noirs . Les traits des deux visages de la migration internationale se dessinèrent. L’Histoire retiendra deux grands moments de l’Esclavage. D’abord au 16ème siècle en Amérique ensuite en plein 19eme siècle plus précisément en 1889 avec le partage de l’Afrique.

L’impérialisme

La dignité humaine reprend son sens avec les guerres de libérations nationales au 18ème siècle. A l’issue de ces mouvements, les colonies britanniques des États-Unis se libérèrent du joug économique de l’Angleterre. S’ensuit la Révolution de Saint Domingue qui donna naissance à Haïti, et les territoires de l’Ancienne Audience espagnole. Mais la précarité économique qui est la conséquence de la destruction du mobilier esclavagiste surtout à Haïti, plonge les pays nouvellement indépendants dans les crises de dettes. Le boom économique et agricole qu’ont connu les États-Unis et les pays européens avec la Révolution Industrielle, les nouvelles technologie de l’armement permettent un meilleur déploiement de ces derniers dans les pays américains nouvellement indépendants. Les doctrines américaines : La destinée manifeste, la doctrine de Monroe, le big stick, le bon voisinage sont les visages de l’impérialisme américain. Le pangermanisme allemand en fait aussi partie. Les pays espagnols et français s’opposent par le soft power avec la question culturelle sans oublier, les séries d’Occupation surtout observées dans les caraïbes par le géant américain. Avec l’impérialisme, ces pays obligent les nouveaux Etats par une interminable dette, dites dettes souveraines, exproprient les vastes territoires pour leurs sociétés comme Haïti avec les entreprises fruitières et ferroviaires. Ils replacent les pays dans une autre forme d’esclavage, l’esclavage économique. Ils tuent l’élan de l’auto-détermination des peuples dans l’œuf. Les richesses de ces nouveaux Etats sont pillées. Ceux-ci répondent par la migration de masse vers les états puissants que l’ordre mondial tentera tant bien que mal de contrôler.

L’ordre mondial et les migrants

La pauvreté des pays du tiers monde, l’instabilité politique, les guerres, les changements climatiques, la famine, poussent les citoyens de ces pays à migrer. Cette migration est effectuée de façon légale et illégale.Toutefois, il existe une certaine inégalité au niveau de la migration internationale. Tout d’abord les pays développés selon les statistiques de la Banque centrale ont accès à presque tous les pays de la planète, et en retour, soit ils durcissent leur politique migratoire, ou ils ferment les frontières aux migrants tout simplement. Les faits sont criants au niveau de la migration. Les africains risquent leur vie sur les bateaux de fortune pour traverser la méditerranée en direction de l’Europe. Le périple est dur. Les gens sont soit morts noyés, soit rembarqués dans leur pays d’origine. En Amérique du sud, les migrants empruntent ce qu’on peut nommer les sentiers des migrants. Ce sont les ensembles de chemins et les moyens de transports qu’ils empruntent pour arriver aux États-Unis. Ils traversent tous les pays de l’Amérique du Sud en passant par les pays de l’Amérique centrale pour aller se buter sur les murs de la frontière américano-mexicaine. Notons bien que cela ne se réalise pas sans difficultés. Les migrants de plusieurs nationalités risquent d’être tués par les passeurs illégaux et par les animaux sauvages dans la jungle amazonienne. L’ordre mondial, avec le système capitaliste bourgeois crée les inégalités dans les pays du tiers monde et émergents et les citoyens sont sans cesse en transit.

La démocratie qui se base sur l’importance de la vie, des droits de la personne humaine de la dignité humaine et de la libre circulation des personnes est sans importance face aux réalités mondiales actuelles. Par chance certaines personnes pénètrent dans ces pays. Soit elles sont parquées dans des asiles pour migrants comme en Belgique soit elles sont divisées en deux pour une meilleure exploitation physique et idéologique. Les pays d’accueil les scindent en étrangers convenables et non convenables.

Les Étrangers convenables

Un étranger convenable est celui qui paye ses impôts à l’heure, qui n’a jamais pris de contraventions. Celui-ci respecte le droit de ces pays. Les personnes qui entrent dans ce lot sont celles qui investissent ce qu’ils ont reçu dans le pays d’accueil. C’est celui qui oublie son identité et qui se cherche dans la culture du pays d’accueil. L’étranger convenable est celui qui étudie, qui empile les niveaux académiques avec brillance et reproduit l’idéologie du pays où il s’installe. Si cette personne devient professeur, son professorat se limitera à l’esprit scientifique dominant l’État en question. Un professeur d’une prestigieuse université aux États-Unis s’étonne de ce que les américains laissent comprendre aux étudiants à propos de l’Occupation Américaine d’Haïti. Les étudiants affirment que les Etats-Unis ne dominent pas, ils aident. Leur culture étant dominante, il est normal pour eux de l’imposer aux autres cultures différentes. Le professeur étranger convenable donnera des conférences si et seulement si son cerveau est apte pour assurer la continuité du discours dominant auprès des assistants.

L’étranger professionnel moyen se contentera de jouir des droits socio-économiques dont l ineffectivité a causé sa fuite de son pays d’origine.
Le professionnel convenable après plusieurs années d’études et d’expériences dans les pays d’accueil, s’il n’a pas conscience de la lutte qui opposent les pays nord et les pays sud, à son retour, appliquera ce pourquoi il était formé, au détriment de ceux restés sur place. C’est la réalité de la plupart des professionnels agréés à leur retour dans les pays du tiers monde.

Les Étrangers non-convenables

L’étranger non-convenable est tout le contraire de ce qui a été dit. Celui-ci veut sortir du marasme dans lequel il est maintenu mais il n’a pas la qualité requise par les autorités migratoires pouvant le laisser passer les douanes de ces pays. De fait, il devient un migrant illégal. Faisons justement un coup d’œil sur la réalité de la méditerranée actuelle.

Des milliers des migrants africains empruntent couramment les routes maritimes conduisant à l’Europe. Leurs vies étaient sans importance, vu le peu de valeur qu’on l’accordera. Ces migrants fuient la guerre, les conséquences du changement climatique, la famine et la pauvreté. Ces maux assez souvent sont causés par la présence et l’investissement des multinationales qui supportent les gouvernements corrompus qui se maintiennent au pouvoir. Arrivés sur la Mediterranée, deux destins les attendent ; Ils sont soit morts soit rapatriés. L’Union Européenne leur fermera ses frontières. S’ils s’échappent , ils sont parqués dans des centres en attendant les décisions étatiques sur leur sort. Ce même tableau est visible au delà des frontières américano-mexicaines.

Ceux-ci fuient la misère et l’affrontement de gangs. L’Amérique centrale est reconnue pour ses extrêmes violences. Ces migrants qui s’organisent en caravanes iront se buter sur la politique migratoire de Donald Trump qui prévoit l’utilisation éventuelle des armes à feu et la construction d’un mur pour couper la route aux migrants. Ils ne sont pas convenables et sont forcés de rester dans un pays qui subit le poids de l’ingérence et l’exploitation internationale des pays les plus puissants.

La libre circulation pour les citoyens des pays développés

L’ironie du sort, les citoyens de ces grands Etats ont un total accès dans ces pays. Un titulaire d’un passeport américain peut entrer dans presque tous les pays du monde. Ils y vont pour les vacances, les activités humanitaires ou pour faire recherches scientifiques selon eux afin de continuer l’alimentation du discours dominant en matière de développement et de démocratie. Les frontières de ces pays leurs sont grandes ouvertes. Etant donné que ce sont eux les propriétaires des lignes aériennes, ils fixent depuis leur pays le niveau de sécurité pour diminuer ou augmenter le flux de voyageurs vers ces pays. Selon l’intérêt politique sur place, le pays en question peut être mis soit sur alerte jaune ou rouge.

Imaginez un instant Haïti qui a l’un des plus faibles taux de criminalité de la région est mise sur alerte jaune, pour empêcher les ressortissants étrangers d’y pénétrer. Tout cet effort pour continuer à salir l’image du pays dans la presse internationale à un point où l’on parle d’Haïti, l’étiquette qui suit c’est l’un des pays les plus pauvres de la planète. Ce qui attirera les ONG de développement dilapidatrices et évangélisatrices qui vont en mission de prédication pour sauver les haïtiens de satan.L’accès leur est libre. D’ailleurs, ce sont des touristes et des investisseurs selon nos autorités.

Enfin on assiste à deux visages. De flux contraires et paradoxales . Les uns qui fuient légalement et illégalement, les autres qui alimentent cette image qui rentrent pour réaliser leur objectif d’assassinat d’identité culturelle et de la mondialisation.

Richecarde Célestin

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À propos Richecarde Celestin

Je suis Celestin Richecarde, né à Port-au-Prince. Je suis juriste, étudiant en histoire et en journalisme à Maurice Communication.
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