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Les Grenadiers ont fait le plein

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Avec sa victoire contre le Costa-Rica lors de ce troisième match de poule 2-1 ce lundi, la sélection nationale haïtienne continue son chemin dans cette édition de Gold Cup, et avance vers les ¼ de finale où elle affrontera le Canada avec une véritable chance d’atteindre le dernier carré de la dite compétition. Aucun observateur n’aurait pu prédire un parcours sans faute de nos Grenadiers ! Mais ils sont bien là où ils devraient être au vu de leur combativité.

Comme toujours avec la sélection, il a fallu qu’elle encaisse des buts pour se mettre en marche, comme une tortue sous sa carapace, elle attend qu’elle soit attaquée pour sortir les crocs et mordre l’adversaire. Ce ne sont pas des bermudiens ou des costariciens orphelins de leur meilleur élément (Keylor Navas) qui sortiront vivants face aux contre-attaques haïtiennes.

Dans une vidéo diffusée par la Fédération Haïtienne de Football, on aperçoit Duckens Nazon à la mi-temps du match contre les Bermudes, rameuter les troupes, taper sur la table dans un discours digne d’un joueur de Ligue des Champions. Quarante-cinq minutes plus tard, le boulot était fait par Frantzy Pierrot. Auteur de deux buts, l’attaquant de Royal Excel Moucron qui n’a joué que dix matchs cette saison en Jupiler League s’est fait une place dans les esprits des amateurs de foot. D’où son surnom de « gwo Pierrot ».

C’est ce même état d’esprit qui refit surface contre le Costa-Rica préalablement décrié par sa presse nationale. Ils ont scoré sur un contre-son-camp de Jimmy Bend Alexis alors qu’ils n’ont pas créé de grandes occasions nettes. Suffisants, ils n’ont pas su s’adapter aux déferlantes des Grenadiers en seconde période emmenés par un Duckens Nazon – clairement mieux en position d’attaquant qu’ailier droit.

Il fut un temps ou Marc Collat était reproché pour ses réactions tardives lorsque le navire haïtien coulait face à des adversaires pas forcément supérieurs. La défaite contre la Jamaïque en Gold Cup 2015 a été la plus grande référence. Cependant l’homme, après un départ, est revenu avec de nouvelles ambitions. Plus impliqué sur le banc, c’est un Marc Collat nerveux qui affronte le quatrième arbitre et l’entraîneur adverse qu’on remarque de nos jours. Lorsqu’une équipe se fait sortir d’un tournoi, on accuse en premier lieu l’entraîneur, à titre d’exemple : Ernesto Valverde avec le Barca, mais certains fans oublient que l’entraîneur n’est pas sur la pelouse et que ce n’est pas de sa faute si certains éléments de son onze font du n’importe quoi sur le terrain. Son job à lui est de mettre la tactique en place et d’insuffler un esprit réactionnaire quand ça ne va pas, c’est ce que l’entraîneur barcelonais n’arrive pas à inspirer contrairement au sélectionneur haïtien dont les changements et les coups de gueules transforment complètement le cours du jeu.

Ses ajustements tactiques. Contre Bermudes, remplacement de Charles-Hérold par Derrick Etienne, ce qui impliqua une transition d’un 4-4-2 losange a un 4-3-3. Le maintien de cette formation lors du second match lui permit de gagner facilement 2-0 contre le Nicaragua et finalement la substitution de Jonel Désiré par Michael Cantave contre les Costariciens au Red Bull Arena de New-Jersey, devant des milliers de spectateurs venus supporter la sélection portèrent fruit ; victoire 2-1.

La proportion de métis au sien de la population haïtienne n’excède pas 5%, c’est donc évident d’en repérer un parmi une bande aux peaux foncées. Dans les années 70 lorsque le onze national faisait régner la terreur aux côtés du onze mexicain dans la CONCACAF, il y avait un métis au sein du milieu. Phillipe Vorbe, un des meilleurs milieux que la CONCACAF ait jamais connus, il était le patron du Violette A.C qui eut du succès tant sur la scène nationale que sur le plan international. Voilà que près de 49 ans plus tard, un autre refait surface et comme son prédécesseur, il s’impose comme Le régulateur de la formation. Avant la Gold Cup, il n’avait joué que des matchs amicaux. Son premier cap fut contre l’Argentine avant le mondial de 2018. Un an plus tard, il revient avec les Grenadiers et s’impose comme leader technique, habile balle aux pieds, ses contrôles orientés avec la semelle rappellent Dani Ceballos vu leurs morphologies proches. Il distille, il régale.

Si Steven Sabba fait sensation au milieu, un autre joueur détruit les adversaires, il s’agit de Derrick Etienne, joueur de New-York Red Bulls. Pas très grand (seulement 1m78), il est capable de laisser le principal adversaire sur les talons et de ruer vers le but. Celui qui a marqué contre le LA Galaxy de Zlatan Ibrahimovic en MLS pour offrir la victoire au sien (3-2), alors qu’il était remplaçant, est un véritable poison pour les arrières. Ses gris-gris fascinent bon nombre de fans et jouer dans son stade a été pour lui un bonus. Si la majorité de nos compatriotes le découvrent actuellement, rappelons qu’il a été phénoménal lors de la victoire 2-0 d’Haïti à Managua en Ligue des Nations – un match qu’on a maîtrisé alors qu’on jouait a dix contre onze depuis la première mi-temps.

​Les aînés de la Coupe du Monde 1974 sont en voie d’extinction. Un jour, il n’y en aura plus. Il ne nous restera plus que des archives et quelques témoignages pour se rappeler les grandes figures. Le temps va nous éloigner. Nous pourrons toujours nous bomber le torse et dire qu’Emmanuel Sanon a mis fin à la série d’invincibilité de Dino Zoff, ça ne sera pas pareil. Les générations futures seront naturellement moins sensibles à ces faits de jeu mais ils se souviendront sûrement de cette phase de 1er tour où la sélection haïtienne fit un parcours sans faute avec 9pts sur 9 possibles ; les célébrations de Pierrot, les dribbles de Derrick Etienne, ou encore le merveilleux set-play de Steven Sabba qui fut considéré par le quotidien espagnol Marca comme meilleur que celui de Liverpool-Barcelone d’Anfield.

Rodney Zulmé

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