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Littérapie : nouvelle thérapie littéraire sur Balistrad

Temps de lecture : 4 minutes

Partant de l’idée que la lecture est une activité qui assure une vraie connexion entre l’écrivain et son lecteur, quelles que soient les différences d’âge, de couleur, de nationalité, de génération et autres, la littérature peut être considérée comme cette rare invention humaine qui transperce toutes les notions de temps, de race et de culture. Elle est un patrimoine mondial à protéger. C’est dans cette optique qu’est conçue cette nouvelle chronique littéraire qui, désormais, sera publiée dans les colonnes de Balistrad , tous les premier et troisième lundis.

Littérapie est une thérapie littéraire. C’est un aller-retour conçu pour une découverte et une présentation des écrivains suivies d’une analyse des œuvres et des courants littéraires pour une meilleure compréhension de la vie et du monde. C’est une thérapie conçue pour un esprit plus ouvert.

Grog, l’isolement : le cri d’un poète isolé

À cette première sortie de littérapie, puisque la rédaction est faite un matin doux et froid, sous une pluie glacée, nous pensons qu’un peu de grog ferait bien l’affaire. En effet, nous vous offrons « Grog : l’isolement », ce recueil d’Apollon Pascal, pour vous réchauffer le corps, le sang et l’esprit et vous en enivrer pour un isolement poétique.

Cette poésie est aussi enivrante qu’un bon vieux grog qui glisse facilement dans les garganes pour ensuite donner du plaisir aux sens et faire isoler les lecteurs dans une imagination poétique parfaite. Tout en prétendant décrire ses propres conditions de vie, le poète s’est fait l’incarnation de tous ceux et toutes celles qui sont bloqué(e)s par un ordre social qui ne leur offre presqu’aucune possibilité de réalisation de soi.

« Bloqué dans l’ascenseur social
Je suis le raté
Le taré
Le plus gros peut-être
L’exemple parfait de l’échec
De la honte
Ma vie est une opérette (p.39) ».

Il vit dans une société où tout, même l’avenir des jeunes, se noie dans le fond de l’improvisation et de l’incertitude. Le poète se trouve isolé. Bouleversé peut-être par les dérives du temps et de la société, il n’a que son grog comme moyen de s’isoler de tous les maux.

« Je me livre à l’incertain
Au maintenant
Et ma douleur perpétuelle
Dans mes soirées terribles
à la belle étoile…
Entre Grog et bon vieux vin
Je suis une guildive ambulante (p.16) ».

Au plus lointain de son isolement, le poète se voit comme un oublié de la société. Je dirais peut-être un exclus, un marginal. Il se sent déshumanisé et devient invisible aux yeux des passants. L’autoportrait qu’il fait en ce sens a l’air d’une représentation poétiquement imagée des enfants et des jeunes qui sont laissés dans les rues sans issue.

« Moi
Je ne suis qu’un sac
Que personne ne veut porter
Un invisible
Aux bords des routes
Un vieux mort
Raide
Désocialisé (p.18) ».

En marge de la société, il est témoin de tout et de rien. Toutes les scènes de la vie quotidienne sont sous ses yeux. Il connait les réalités de la rue mieux que tout le monde, parce qu’il voit tout, sans que personne ne le voit. Par sa possibilité de tout voir, il tire sa seule partie de bénédiction, en étant témoin des femmes à fesses bombées qui attirent même les prêtres et pasteurs.

« La rue n’est pas pour les saints
La rue se rue sur les innocents
Les passants lubriques
Les pasteurs et prêtres
Ils tournent comme par magie
Leurs regards
En disant
– Dieu est grand
Quand ils sont mouillés
Par cette pluie de femmes canons
Fesses bombées monstrueusement ».

Soûlé par son grog et indigné par les conditions sociales qui sont à la base de son isolement, le poète met à nu un mal social qui perdure et qui est trop longtemps négligé et banalisé aux yeux de tout le monde. Évoluant dans une société qui est fondée sur une logique qui n’encourage aucune forme de dénonciation [je wè bouch pe], il est conscient du risque qu’il prend dans son texte et il assume.

« Tire si tu veux
Et mitraille moi
Avec un uzi
Pour avoir dénoncé le mal
Je danserai le breakdance
De nos cauchemars
Avant de m’allonger brutalement
Sur mon sol
Chez moi
En Haïti (p.44) ».

En gros, « Grog : l’isolement » est une description poétique/imagée des réalités de notre vie quotidienne. C’est un texte à lire et à relire.

Agé de 24 ans, Apollon Pascal est auteur de deux recueils avant Grog : l’isolement (j’aurai peut-être dix-huit ans et tche wòb valantin). Il sera bientôt reçu dans notre chronique pour raconter ses aventures de poète.

©Gregory-Songer Clerveaux

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À propos Gregory Songer Clerveaux

Grégory-Songer est né le 23 novembre 1992 . Il fait ses études à l'UEH, notamment au Campus Henry Christophe de Limonade et maintenant il est sur le point d'achever son mémoire pour le grade de licencié en sociologie. Il le directeur des coopérations et de partenariat à la société du samedi soir.