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L’obscurité en Haïti et ses frayeurs

Temps de lecture : 3 minutes

L’alarme de mon téléphone resonna. Je sursautai étant arraché d’un doux sommeil et jeté dans la gueule de la dure réalité journalière qui m’attendait. Je m’efforcai de ne pas y penser pour ne pas exacerber cette céphalée matinale qui m’assaillait après ce réveil brusque. Je jettai un coup d’œil à l’écran de mon téléphone pour y rechercher l’heure. Mes yeux, non encore habitués à l’obscurité, protestèrent en aggravant ma céphalée. Je clignotai des yeux le temps d’apercevoir les 5h20 AM qui s’affichaient en de grandes lettres blanchatres sur l’écran. J’étais grandement en retard par rapport à la distance que j’aurais à parcourir pour atteindre l’Hôpital universitaire Justinien et par rapport à l’heure d’entrée qui était de 6h45 AM. Je me levai pour me préparer puis je sortis dans les ténèbres de la nuit, le soleil ne daignant guère se montrer encore à 5h45 AM.

Je devais, pour atteindre la station de tap-tap, marcher durant 10 minutes sur la terre battue de cette zone de Madeline avant de pouvoir mettre le pied sur un trottoir fait de béton.
J’avançais donc résolu, dans mon âme, à être ponctuel quand, soudain, j’arrêtai brusquement ma marche au moins le temps d’un millième de seconde pour que mon cerveau puisse comprendre ce que mes yeux voyaient. En effet, à une bifurcation je vis deux formes humaines, l’une à l’apparence de femme et l’autre à l’apparence d’homme debout côte à côte comme attendant quelqu’un (peut-être moi ?) Cool ! Cool ! Je me le répétai en moi-même mais je n’avais jamais été moins cool qu’à cet instant précis ! Je pris mon courage à deux mains en me faisant une raison, puis je serrai les fesses pour renforcer ce pauvre courage branlant et j’avancai dans leur direction pour finalement prendre la route vers l’Est en les ignorant magistralement. Cela aurait pu s’arrêter là si après quelques mètres, je n’entendis le son de mes pas doublé d’un deuxième son similaire. Je jettai un regard par dessus mon épaule pour apercevoir la forme humaine à l’apparence de femme qui me suivait. Merde !

J’accelerai le pas, la peur au ventre et une sueur froide le long de ma colonne vertébrale. Sur le sol, grâce à la lune encore présente, je pouvais distinguer l’ombre de la femme qui accélérait lorsque le mien accélérait et qui décélerait lorsque le mien faisait de même. Étant poursuivi par cette femme qui dans mon esprit apeuré faisait office de sorcière ou je ne sais quoi, je récitai ma dernière prière en ayant soin de confesser mes péchés ; ainsi donc me dis-je, j’allais mourir misérablement à l’insu de tous. Et puceau de surcroît ? J’en étais là à mes prières et à mes reflexions quand je vis au loin les premières lumières des bâtiments en regard de la station de tap-tap. J’accélérai le pas vers ces lumières salvatrices mais malheureusement ma poursuiveuse fit de même en mettant bizarrement un écart respectable entre nous.

Finalement (ouf !), Je parvins à la pleine lumière de la station où il y avait bien que peu nombreux des inconnus que je fus heureux de voir. Je jettai un coup d’œil derrière pour voir la femme qui me poursuivait prendre la direction opposée vers une pile de marchandises qu’elle avait mis sous la surveillance d’une autre. Je l’entendis dire quand même: « Mèsi Bondye ! M sòti nan twou fè nwa sa ! » Elle avait tout simplement peur au même titre que moi et m’avait ainsi suivi pour s’assurer un semblant de sécurité. C’est seulement à ce moment-là que, soulagé, je dis dans un murmure mêlé de rire étouffé :« Tonbe djab ! »

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À propos Kerlintz Morantus

Étant agé de 24 ans, j'ai à mon actif un parcours qui s'adapte parfaitement au jeune haïtien que je suis! Ayant fait mes études secondaires à Saint-Louis de Gonzague puis poursuivant mes études professionnelles à l'Université Notre Dame d'Haïti, j'ai développé un certain amour pour l'écriture, amour me venant certainement du fait de mes nombreuses lectures et des rencontres faites avec les grands auteurs de ce siècle et ceux des siècles derniers! Pourtant, je poursuis aussi l'amour que j'ai pour le dessin! En effet, je fais de la bande dessinée, ce qui est pour moi une sorte d'échappatoire qui me permet d'écrire encore et toujours.
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