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Louis-Philippe Dalembert | © Photo : Politis

Louis-Philippe Dalembert au sommet de la langue française

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Ce Mercredi 16 juin, Le Prix de la Langue Française 2019 a été décerné à l’écrivain Louis-Philipe Dalembert. Ce prix, créé en 1986 a recompensé le travail de bon nombre de francophones, et n’avait jusque-là été décerné à aucun écrivain haïtien. Pourtant ce ne sont pas les candidats qui ont manqué. Désormais c’est chose faite cette année avec la nomination de Louis-Philippe DALEMBERT. Ce prix issu de la vile de Brive qui distingue chaque année une personnalité du monde littéraire, artistique, ou scientifique dont l’œuvre contribue de façon importante à illustrer la qualité et la beauté de la langue française ».

Ce titre s’ajoute aux 18 prix et distinctions majeurs déjà remportés par l’auteur de «Roman de Cuba ». Né en 1962 à Port-au-Prince, il publia son premier roman à 34ans avec le titre évocateur « Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme ». Il ne se contente pas d’écrire des œuvres aux titres accrocheurs pour le marketing mais il les accompagne de récits parfois poignants.

Dans « Avant que nos ombres s’effacent » (2017), il retrace le parcours tumultueux d’une famille juive originaire de Lodz (Pologne), les Schwarzenberg, qui non seulement fuiront les répressions Staliniennes mais aussi celles du IIIe Reich. Si Moïse dut traverser la mer Rouge pour enfin trouver la terre promise ; Ruben Schwarzenberg pour sa part a du non seulement immigrer d’Est en Ouest, s’adapter au racisme berlinois, puis au Camp de concentration de Buchenwald  pour enfin traverser un cours d’eau encore plus vaste que la Mer Rouge, à savoir l’Océan Atlantique pour trouver refuge dans la 1ère République Noire.

Dans « L’autre face de la mer » (1998) un chef-d’œuvre narratif, Louis-Philippe DALEMBERT voyage à travers le temps et l’espace géographique. Son personnage principal est une sorte de Forest Gump haïtien. Il a connu toutes les périodes cruciales de l’occupation des Yankees, au massacre orchestré par Trujillo à la frontière contre nos compatriotes, au régime des Duvalier, pour aboutir à l’intervention – encore une fois – des yankees après l’exil du petit prêtre.

La religion, représente toujours un sujet sensible pour les protagonistes de ses ouvrages. Par exemple dans « Avant que nos ombres s’effacent », La tribu juive s’oppose à Salomé – sœur de Ruben, Cette dernière, francophile est farouche à l’idée de se rendre à la synagogue comme ses parents et tomba amoureuse d’un mi- juif. Il existe toujours une confrontation au sujet de l’Église entre les plus vieux conservateurs et la nouvelle garde plus libérale qui n’hésite pas certaines fois à pousser le bouchon un peu trop loin comme le démontre cette réplique dans « Les dieux voyagent la nuit » :
« Tu n’as toujours pas mémorisé le jour pour arriver le lendemain peinard. C’est quoi cette histoire d’être mariée à un esprit ? D’acc ça se passe aussi chez les cathos. (A propos les bonnes sœurs ont beau être moches, il a de quoi trier le Nazaréen. Le harem quoi !) »
Ce qui est un véritable bras d’honneur au Saint-Siège et ses alliés.

Louis-Philippe Dalembert dans « Les dieux voyagent la nuit » (2006) se pose comme la conscience du personnage ou du moins son alter-ego de l’autre monde. L’identité à proprement parler du personnage n’est jamais révélée dans ces 188pages de fiction, pas même une fois, ça peut se comprendre, sa conscience ne fait que lui rappeler des faits et y apporte des jugements afin de lui donner une identité. On pourrait dire que ce dernier était en pleine remise en question de ses actes.

Le récipiendaire du prix Casa de las Americas 2008 utilise aussi un terme très familier chez ses comparses contemporains, le fatalisme. Presque collé à leurs peaux, les personnages trimbalent toujours ce fatalisme. Souvent présenté par des séismes. Il mentionne celui du 12 janvier 2010 dans « Noire blessures » (paru en 2011) mais aussi dans « Avant que nos ombres s’effacent ». Il ira même jusqu’à l’extrapoler en parlant du séisme qui a eu lieu en Avril 2009 à Aquila (Italie) dans son œuvre « Ballade d’un amour inachevé » publié en 2013.

Un fatalisme qu’on retrouvera dans son dernier ouvrage « Mur Méditerranée » paru cet automne aux éditions Sabine Wespieser, décrit le pénible destin de trois femmes venues de Syrie, du Nigeria et d’Erythrée qui risquent leurs vies comme des centaines de milliers avant eux pour regagner l’Europe en passant par le jadis pays de Mouammar Kadhafi, ravagé depuis 2011.

A noter que le prix de la Langue Française lui sera décerné le 8 novembre dans la ville de Brive accompagné d’une cagnotte de 10 000 euros. De quoi lui permettre d’effectuer des recherches approfondies dans le but de nous offrir éventuellement d’autres œuvres tout aussi fascinantes et touchantes.

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