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Mare pitit ou déni de grossesse, tiraillement entre superstition et science

Temps de lecture : 3 minutes

En Haïti, on entend souvent parler de « Mare pitit ». Cette expression renvoie à une femme qui tombe enceinte sans le savoir. Jusqu’ici tout va bien ! Cependant, lorsque cette grossesse est désirée car elle est peut-être le moyen le plus sûr de retenir un homme tiraillé par plusieurs femmes, la concernée peut asseoir toute une théorie allant jusqu’à à accuser ses concurrentes , d’où l’expression « Mare pitit ».

Si cette expression sonne comme un dédouanement pour la concernée et une accusation pour les concurrentes, c’est parce qu’en Haïti, la stérilité est encore perçue comme une malédiction et la venue d’un enfant comme une bénédiction : « Yon timoun pa timoun ! Timoun se baton vyeyès malere » Loin de dénier que l’empirisme vient souvent expliquer la superstition d’un peuple, il convient tout de même de rapprocher ce que nous appelons « Mare pitit » au déni de grossesse »

Qu’est-ce que le déni de grossesse?

Le déni de grossesse est le fait de se retrouver enceinte sans le savoir, sans avoir un signe apparent. Pas de ventre, pas de prise de poids et les règles peuvent même être présentes. Si pour beaucoup, la venue des règles est un soulagement, un signe pour dire que tout va bien, dans certains cas, il n’en est rien. Quelqu’un peut tomber enceinte tout en continuant à avoir sa menstruation. Les scientifiques parlent de deux types:

Déni de grossesse partiel

La grossesse est découverte après le premier trimestre de grossesse mais avant le terme, lors de circonstances variables : via la perception des mouvements du fœtus par la mère ou le médecin, lors d’une échographie pour douleurs abdominales. Lors de la prise de conscience de cette grossesse, le corps de la femme peut se transformer en un temps record. Chez nous, chez les superstitieux particulièrement, l’enfant aura sûrement été démarré! Il ne sera donc pas étonnant que les signes apparents de grossesse arrivent véritablement une fois la phase de l’acceptation enclenchée. Il se pourrait bien qu’une femme enceinte de trois moins commence à percevoir les signes ( comme le ventre rond) une fois sa grossesse acceptée . C’est le signe qu’elle a accepté sa grossesse, sa réalité et que sa conscience conçoit déjà le fait qu’elle devienne mère.

Déni de grossesse total

La grossesse n’est découverte qu’au moment de l’accouchement, lors d’une consultation aux urgences pour de fortes douleurs abdominales ou lors de l’accouchement inopiné de la maman à son domicile. Impossible, non? Hé oui, si en Haïti, de tels cas ne seront que rapportés que par des voisins ou témoins , sachez qu’il s’agit d’une chose totalement possible. Quelqu’un peut ne pas avoir eu de ventre ou signe quelconque de grossesse mais accoucher après.

Essai d’explications

Il s’agit d’un phénomène totalement reconnu par les médecins. Il figure depuis 1985 dans le classement des troubles psychiatriques. La grossesse n’est pas uniquement un processus physiologique permettant la croissance du bébé ; c’est aussi un processus psychique durant lequel la femme devient « mère ». En cas de déni de grossesse, ce processus psychique n’a pas lieu en raison d’un conflit inconscient. Le psychisme niant la grossesse, toutes les manifestations physiques de la grossesse sont comme « bloquées ».

Derrière chaque déni de grossesse, il y a une histoire personnelle, intime, courant parfois sur plusieurs générations. Les spécialistes évoquent différents éléments dans la genèse de la psychopathologie du déni de grossesse . On parlera de l’ambivalence du désir d’enfant, des conflits intrapsychiques non résolus, du rapport au corps et à la sexualité , de la pauvreté de la communication des émotions, ect…

Le déni de grossesse viendrait alors protéger le psychisme de la femme d’une perception traumatisante qui interroge différents axes possibles de la gestation psychique, parmi lesquels l’ « être-enceinte », l’« être-mère », le « donner-la-vie », l’« avoir-un-enfant » selon l’analyse du psychiatre Benoit Bayle.

Le déni de grossesse ne choisit pas une catégorie . Ainsi, une femme qui est en plein déni de grossesse peut vaquer à toutes ces occupations, peut garder ces habitudes et mener une vie paisible sans le moindre signe de grossesse jusqu’à l’acceptation de sa situation.

Si en Haïti, pour les soit- disant gens de classe moyenne, fréquenter des experts du cerveau est u scandale, qu’en sera-t-il de la majorité non-instruite dont la seule explication sera dictée soit par l’église ou les on-dit ancestraux ? Aussi, comment fréquenter ces spécialistes lorsqu’on n’arrive même pas à joindre les deux bouts ? Mare piti ou tout autre explication banale demeure l’excuse parfaite pour garder la majorité dans la superstition. Ce qui permettra à une minorité de poursuivre leurs intérêts mesquins.

Méduse

Référence
https://www.passeportsante.net/fr/grossesse/Fiche.aspx?doc=deni-grossesse

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À propos Médoussa Jean François

Je m’appelle Médoussa Jean François, étudiante en gestion du tourisme à l’université Quisqueya . Lire a toujours été une passion et un repère pour moi. En lisant, j’ai appris des choses qui maintenant m’aident à mieux écrire pour dire ce que je tiens à faire passer. Ce qui se traduit très bien par cette phrase que j’ai dite en 2014 « LIRE POUR RÉNOVER, ÉCRIRE ET CONCRÉTISER ». Écrire est bien plus qu’une passion...c’est une façon de me révéler sous une autre forme et ce d’une meilleure façon.
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