On recommence

Temps de lecture : 3 minutes

« Dans le doute, pourquoi ne pas leur donner un peu d’espoir ? » Jennifer Morrison (Dr Cameron) – House ; Saison 1, Épisode 4

Je suis déjà très loin, en route vers ce lieu que je ne connais pas. Ce chauffeur du dimanche me fait peur ; il va si vite que je n’ai pas le temps d’admirer ces nénuphars. Ce monsieur qui parle des produits me saoule. Inventer des bobards pour se faire du fric, c’est dégueulasse. Je veux prendre la parole, mais je ne suis pas sûr de ce que je dirai. Je ne suis pas médecin. Le médecin à ma place ne dirait rien, ces <<agents marketing>> ont des pwen, dit-on. Tout le monde a peur de mourir, et moi aussi. Je le laisse présenter sa merde, peut-être a-t-il un remède pour moi. Oui, je souffre! Je pars pour ne plus souffrir.
Je pars pour t’oublier. Je me souviendrai de ton prénom, mais je veux oublier ton visage. Je ne veux plus me rappeler de ta peau si jòn, de ce grain de beauté près de ton nez; je ne veux plus me regarder dans le miroir, comparer nos iris similaires. Je ne veux plus savoir comment tu parles. Je ne veux plus savoir que je t’aime, car je ne sais plus si tu m’as aimé.

J’ai déjà oublié comment tu écris ; j’avais déchiré ta dernière lettre. Tu as écrit des vérités qui me font mal, des mensonges que je ne te pardonnerai pas. Je préfère oublier. La fille à côté de moi te ressemble. Je veux la jeter par la fenêtre pour ne plus penser à toi. Elle ne me voit même pas ; elle fait un travail mystérieux, un voyage à travers des pages qui paraissent idylliques. Elle aurait trouvé ta lettre épique, les Amants du Livre donnent un sens à tout. Ce voyage est bien sensé, c’est la solution idoine pour ne plus te voir.
Je ne veux pas que la voiture s’arrête. Chaque kilomètre m’éloigne de tes arguments peu probants, de ta promesse manquée. Au moins j’y croyais, au moins j’avais souri. L’espoir m’avait fait sourire, je souriais parce que j’étais heureux.

Elle avait fini son livre, elle entamait déjà un autre. Celui-là je le connaissais, c’était mon préféré ; l’histoire de Santiago, ce pêcheur du golfe protégeant son marlin contre les requins après quatre-vingt-quatre jours de déveine. À la fin du roman, le vieux rêvait de lions. Moi je rêve de ce temps où Des Souris et des Hommes vivent en harmonie, échappent à La Peau de Chagrin et abattent les Raisins de la Colère pour construire un Sanctuaire où L’étranger vivra loin de La Peste. Chacun aura sa Divine Comédie, vivra comme un roi, aura le meilleur peintre pour dessiner un mouton à son fils. Ce dernier sera Le Petit Prince heureux, héritier d’une faramineuse fortune, suite aux Chroniques d’une mort annoncée. Ce lieu existe seulement dans les livres, et ce que je vois devant moi est bien différent. Mais je suis peut-être celui qui peut tout changer.

Le bus est enfin arrivé! J’y suis descendu, pas toi. La jeune fille est partie dans un Audi; le conducteur l’avait appelée comment déjà ??? Je ne m’en souviens plus, car je suis encore saoul. Devine par qui… C’était si grave que j’avais oublié d’honorer Toussaint Louverture.

Yvan Jean Verlaine PIERRE

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