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Pays lock, un nouveau mot dans le lexique haïtien

Temps de lecture : 5 minutes

Pays lock, l’expression existe à peine dans le lexique socio politique et militantiste haïtien. Conçue comme une forme de réponse à la situation de vie précaire du peuple haïtien, cette notion se veut l’apanage du secteur démocratique et populaire et de l’ensemble de l’opposition politique. Manifestation à répétition, pertes en vies humaines, non-accès à l’eau potable, voies de transport partout barricadées, pneus enflammés, tels sont,  entre autres, les éléments qui parsèment la réalité du pays depuis le 7 février dernier.

Depuis l’aube du 7 février, la vie haïtienne est ponctuée par une kyrielle de mouvements populaires à travers les dix départements. C’est l’expression d’une désobéissance populaire face à l’incapacité dont fait montre le Président Jovenel Moïse, d’administrer l’Etat, selon l’avis de plus d’un. « Le système touche à sa fin. La violence physique, le soulèvement, le feu, le pillage des entreprises privées, sont les meilleurs outils de lutte et de revendication. Il faut que le Chef de l’Etat parte!» clament certains.

« Le départ de Jovenel Moïse ne va rien changer dans le mode de vie de l’haïtien. Il faut cesser cette pratique de coup d’Etat qui ne fait qu’aggraver la situation des masses. Ce qu’il faut révolutionner, c’est le mode de penser de l’être haïtien, c’est sa capacité à s’asseoir autour d’une table et dialoguer» lit-on à travers certains statuts de Facebook, de WhatsApp et dans quelques tweets. Entre la faim, le problème de santé, l’inexistence de l’ED’H et les manifestations répétitives, la notion de pays lock vient s’ériger en résumé parfait de cette chaotique situation du pays.

Attristée, visage crispé, voix marquée par la désolation, Ichelda Pierre se dit dépassée par les événements. « Je ne peux pas reprendre mes activités académiques. Le pays est devenu invivable. La nourriture devient luxe. Cela fait dix jours depuis que je suis enfermée dans ma chambre» se plaint l’étudiante en Comptabilité. Elle se dit consciente des problèmes du pays, mais continue: « il nous faut manifester dans le respect des normes constitutionnelles. Ce, pour s’assurer que le droit de chacun soit respecté. »

Quant à la question du départ du Magistrat suprême de l’Etat, elle se dit défavorable: « Depi 33 lane nap voye ale nan peyi Dayiti. Sitiyasyon moun yo vin pi mal. Il est temps pour nous de nous asseoir autour d’une table et de penser le demain de ce pays. Voye ale pap chanje anyen nan sa nap viv la a! »

De l’autre côté de la barre, d’autres sont catégoriques sur le départ du Président Jovenel Moïse. Retrouvé par téléphone depuis la Cité de Dumarsais Estimé, Jules Dony, étudiant en Agronomie à l’université publique de Saint-Marc, se dit favorable à un éventuel coup d’Etat.

« La situation dans laquelle nous évoluons aujourd’hui est le reflet net de l’incapacité du président en campagne de gérer ce pays .84 gourdes pour un dollar, promesses non tenues, mensonges récurrents, tels sont les signes distinctifs du chef de l’Etat depuis son arrivée à la tête du pays . »

Face à cette globalité du mouvement, Dony ne reste pas indifférent : « C’est la première fois depuis mon existence que la Ville des Verrettes s’implique à ce niveau dans une lutte pour exiger le départ d’un Chef d’Etat. Toute la ville est barricadée, pneus enflammés partout. La majeure partie de la population est dans la rue. C’est la preuve que JoMo perd sa légitimité! »

Monsieur Jules s’en prend aussi au mutisme du président de la République: « Après tant de pertes, Jovenel Moïse n’arrive pas à construire un discours pouvant accoucher la stabilité. Ce silence est un acte d’approbation de son inaptitude à mener la nation et son ignorance des affaires d’Etat et de gouvernance. »

L’échec de JoMo dans son message à la nation

Attendu depuis quelques jours, le président Jovenel Moïse s’est adressé à la nation ce jeudi. Son intervention a été ponctuée d’une grande agressivité et a suscité beaucoup de réactions. « Le président de la République a raté une occasion de se taire! »disent certains à travers les réseaux sociaux.

Le Forum Économique du Secteur privé, dans une note publiée ce samedi, a clairement exprimé sa position sur le discours du Chef de l’Etat: « Malheureusement, ce dernier a fait délibérément le choix d’un discours provocateur, accusateur et diviseur . »

Dans son allocution, le Chef de l’Etat n’a pas hésité à culpabiliser son Premier ministre: « 7 juillet, le peuple a parlé et j’ai entendu. C’est dans un souci de cohabitation que j’ai choisi un concurrent des dernières élections comme Chef du Gouvernement. Cinq mois après, les conditions de vie de la population se sont aggravées. Il revient au Premier ministre d’expliquer à la nation les mesures adoptées pour sortir la population de la rue. »

Jovenel Moïse n’a pas raté l’occasion de lancer des tirs sur l’opposition. « Mwen sezi wè opozisyon k ap mache kòtakòt ak bandi ke lapolis ap chèche sou baz yap manifeste ! », lance-t-il très indigné en continuant : « Le CSPN doit assumer sa pleine et entière responsabilité afin que ceux recherchés par la Justice soient arrêtés» en responsabilisant , bien évidemment son PM.

Jean Henry Céant félicité d’avoir été moins agressif

Si le président de la République a été l’objet de dérision à travers les réseaux sociaux après son adresse à la nation, le PM Céant lui, est félicité par de nombreux journalistes avisés: « On peut féliciter le Premier ministre pour le ton moins agressif et pour le fait qu’il avait un auditoire devant lui contrairement au président. » lisait-on dans un tweet de Frantz Duval du quotidien Le Nouvelliste.

De son côté, Robenson Geffrard a surtout insisté sur les promesses faites par le PM : « Le riz va passer de 50 à 35 gourdes (la petite marmite) d’ici la semaine prochaine, réduction de 30% du budget de la Primature, les 2 seuls chiffres concrets de l’adresse à la nation de Jean Henry Céant sur les mesures pour améliorer les conditions de vie de la population» a-t-il écrit sur compte Twitter .

Alors que les points de vue sont partagés autour de la crise actuelle, la population ne cesse de se plaindre de l’augmentation du prix des produits de première nécessité. 33 ans après la fin du régime autoritaire des Duvalier, le pays n’est toujours pas prêt à entrer dans la sphère du développement.

À quand la fin de ce «peyi lòk»?

Rysdaël Clébert Duvelsaint
duvelsaint.dante@gmail.com
509 4763-9632 /4865-2126

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À propos Rysdaël Clébert Duvelsaint

Je suis Rysdaël Clébert Duvelsaint, né le 04 août 1997. Je viens des Verrettes(la cité de Dumarsais Estimé), une commune du Département de l'Artibonite. Je suis étudiant en Diplomatie et Relations Internationales à l'ANDC(Académie Nationale Diplomatique et Consulaire), Étudiant en propédeutique à la Faculté d'Ethnologie(UEH), étudiant en Journalisme à L'ISNAC. Je suis passionné de l'information et des Sciences humaines et Sociales.
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