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Pour qui sonne le glas ou le son de la révolte

Temps de lecture : 6 minutes

La tour d’Hemingway continue, après « Le Viel homme et la Mer », attachez-vous vous pour un autre titre tout aussi magnifique : Pour qui sonne le glas…

Anecdotes biographiques

Le père d’Hemingway lui apprit à pêcher, à nager, à camper dans les bois. Quand il reçut son premier fusil de chasse à l’âge de 10 ans, le Prix Nobel de Littérature 1954 allait découvrir sa passion démesurée pour la nature.

Hemingway affirmait haïr sa mère,vu son insistance à lui apprendre à jouer du violoncelle. Mais il a admis plus tard que les leçons de musique lui ont été utiles pour son travail d’écriture, comme pour élaborer la « structure contrapuntique » de « Pour qui sonne le glas »

Résumé du livre

Robert Jordan, professeur américain, engagé dans les Brigades internationales, est envoyé en Castille par le général Golz dans les jours qui précèdent l’offensive de Ségovie pour faire sauter un pont. Ce pont doit être détruit dès le déclenchement de l’attaque. Pas avant, pas après.

Pour y arriver, Robert Jordan rejoint un groupe de partisans antifascistes cachés dans les montagnes.
Pendant trois jours, Robert Jordan prépare son attaque, qui semble désespérée. Le chef des partisans, Pablo, démoralisé après des mois de combat, comprenant les conséquences de ce projet, lui fait des difficultés. Néanmoins, il est aidé par les autres résistants qui deviendront ses amis, et notamment Maria dont il tombe éperdument amoureux au premier regard, et réciproquement. Maria, accueillie par des républicains, a été détenue, violée et tondue par les nationalistes à cause des opinions politiques républicaines de son père.
Maria, sous la tutelle de Pilar, la matrone du groupe, qui lui a redonné le goût de vivre, est confiée à Robert Jordan. Celui-ci parfaitement conscient de l’issue probable de sa mission veut vivre cette passion réciproque en 72 heures comme si c’était leur vie entière.

La veille de l’attaque, une troupe voisine de résistants, celle commandée par El Sordo, qui devait les aider, se fait repérer alors qu’elle volait les chevaux nécessaires à l’opération. Une tempête de neige impromptue et qui se termine trop tôt pour effacer les traces permet aux franquistes de les suivre à la trace et de les débusquer sans que la troupe de Robert Jordan, trop faible et se camouflant pour ne pas donner l’alerte, puisse leur porter secours.
Voyant les mouvements de troupes nationalistes, Robert Jordan envoie un message au général Golz pour l’avertir qu’il n’y aura pas l’effet de surprise escompté, mais que si l’attaque n’est pas ajournée, il se tiendra prêt à détruire le pont au premier coup de canon entendu. Mais ce message arrivera trop tard.

Dans la nuit précédant l’attaque, Pablo le chef des partisans, déserte après avoir débusqué les détonateurs qu’il jette à l’eau. Puis, pris de remords, il revient avec des renforts.

À l’aube, entendant les bombardiers républicains larguer leurs bombes, la troupe de Robert Jordan lance l’attaque du pont, le détruit et se replie avec de lourdes pertes.

En pleine retraite, Robert Jordan est blessé. Intransportable, il reste en arrière pour couvrir ses amis après leur avoir fait ses adieux.

Analyse du livre

Hemingway a une façon bien à lui d’écrire : il est très concis. C’est l’influence de son métier de journaliste qui ressort. Il luttera toujours contre les mots de trop. Un jour Faulkner, au style opposé, dira de lui que son vocabulaire ne tenait qu’en bien peu de mots. Sa réponse sera dans le genre : il ne me semble pas nécessaire que le lecteur doive prendre le dictionnaire pour arriver à comprendre des émotions. Et Hemingway s’y connaît pour faire passer les émotions, souvent suggérées plutôt que décrites. Son style a frappé son époque et nombreux sont ceux qui s’y sont essayés. Cette capacité de concision a d’ailleurs fait de lui un des grands spécialistes de la nouvelle. Il en écrira toute sa vie et Gallimard vient de les rassembler toutes en un seul volume, classées par ordre chronologique : une merveille !

Les thèmes de  » Pour qui Sonne le Glas  » sont ceux de l’ensemble de l’œuvre d’Hemingway. La lutte contre la mort, mais accompagnée de l’acceptation et de la volonté de l’affronter. C’est elle qui donne son sens à la vie et la capacité de l’affronter fait la grandeur de l’homme. À la guerre, en tauromachie, à la chasse : le combat est le même. Il est imprégné du mythe de la virilité, qui ne va bien souvent de pair d’ailleurs qu’avec la peur de l’impuissance. L’homme a à faire ce qu’il doit, indépendamment du prix à payer pour cela. Déjà blessé, Robert Jordan fera ce qu’il doit, mais pas sans mal. Il souffre d’une fracture ouverte de la jambe, pense à se suicider avant que d’être pris, mais il pense au pont et se dit : « Non, ce ne serait pas bien. Parce qu’il y a encore quelque chose que tu peux faire. Tant que tu sais ce que c’est, tu dois le faire. Tant que tu te rappelles ce que c’est, tu dois l’attendre. Allons, qu’ils viennent. Qu’ils viennent ! »

Il nous donne une vision très juste de ce qu’est une guerre civile : le fils contre le père, le frère contre le frère, l’oncle contre le neveu. C’est la guerre la plus horrible qui soit et il n’est pas étonnant que l’Espagne en soit toujours marquée à ce jour. Un sondage fait, il y a quelques semaines, lors des fêtes pour le vingt-cinquième anniversaire du règne du Roi Juan Carlos, a révélé que plus de 62 % des jeunes se considéraient encore comme concernés par cette guerre !
Si vous ouvrez ce livre, je pense que vous ne voudrez plus l’abandonner !

Le titre est une référence au poète et métaphysicien anglais John Donne, et à son poème Aucun homme n’est une île cité en introduction au roman : « […] n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi. »

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À propos Yvan Jean Verlaine PIERRE

Yvan Jean Verlaine Pierre, 27 ans, médecin résident en Service Social. Amant de livres, d'aventures et de musique.
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