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Prostitution
Les cacos noirs

Prostitution en Haïti, activité sexuelle à réglementer

Temps de lecture : 4 minutes

D’ici et d’ailleurs, plus particulièrement dans la capitale haïtienne, on rencontre des jeunes femmes, entre 18 et 30 ans, dans des boîtes de nuit, des restaurants dansant, sur des trottoirs, dans des coins d’ombre, dans des maisons délabrées et abandonnées qui se voient obligées de disposer leur vie à une forme d’échange économico-sexuelle –tâche de subvenir à leurs besoins multiples en tant qu’être humain-. Laquelle forme d’échange qui, préalablement, se fonde sur un contrat tacite, stricte et explicite.

De nos jours, on préfère parler de travail du sexe en référence au plus vieux métier du monde. C’est un travail au même titre que les autres qui sont régis par le Code du travail.

Selon Vocly Hervé, travailleur social professionnel et gestionnaire de formation, dans le cadre d’une interview accordée au quotidien Le National, ce travail se fait dans la clandestinité en Haïti. Or, dans d’autres pays, c’est une pratique normale.

La quasi-totalité des femmes haïtiennes qui se prostituent sont issues de quartiers défavorisés et n’ont pas un niveau académique élevé.

«Depuis 2012, je suis ici, question de rencontrer des hommes qui paient pour trouver du plaisir sexuel, afin de trouver des moyens pour soutenir ma famille» a relaté Sandie (son nom a été changé pour protéger son identité) faisant partie de ces filles qui côtoient la rue Oswald Durand, à côté de la Faculté de Médecine à Port-au-Prince.

«Si la personne veut avoir une position particulière, le prix augmente catégoriquement» a ajouté la jeune Sandie, âgée de 25 ans, qui précise que les billets de Gourdes qu’elle reçoit, ne lui permettent pas de mener une vie décente. «C’est un déshonneur trop grand à porter pour ma famille, je suis obligée».

On n’a pas besoin d’être curieux pour remarquer des pieds qui bougent, des déhanchements, et entendre des gémissements de toute sorte, surtout à côté de la Direction Départementale de l’Ouest à Portail Léogane.

«Je les aime beaucoup, avec peu d’argent, je peux jeter mon liquide séminal» a déclaré Ti Junior, qui lance un appel à la solidarité auprès de l’État afin de protéger ces femmes contre les abus des hommes malhonnêtes.

Interrogé par le quotidien Le Nouvelliste sur ce dossier, Me Patrick Laurent a confirmé que les lois haïtiennes ne disent pratiquement rien à ce sujet.

À rappeler qu’en février dernier, des employés de l’organisation humanitaire Oxfam auraient eu recours aux services de prostituées, avec l’argent de l’ONG, au cours d’une mission à Haïti en 2010, rapporte le journal britannique The Times, alors qu’Oxfam nie avoir tenté d’étouffer l’affaire.

Il y a d’autres jeunes femmes, belles et élégantes qui travaillent dans les bars comme serveuses, et deviennent la proie des mâles en chaleur, au cours de la nuit. «Je gagne 5 Gourdes sur chaque bière vendue, imaginez-vous que le public ne répond pas, je suis obligée d’accepter de partager du plaisir avec les gars pour ne pas crever de faim» a confirmé Julie, âgée de 22 ans, travaillant dans un bar au centre-ville (L’endroit exacte est caché pour protéger l’identité de la fille).

La mission de ces serveuses est d’attirer des clients, les inviter à fréquenter le bar, boire de la bière, danser et finir la nuit dans un motel.

«Parfois, mon corps est fatigué, surtout mes parties génitales, mais je me sens obligée, sinon mon salaire par mois sera 5000 gourdes maximum» a continué Julie, mère célibataire de 2 enfants, précisant qu’elle allait voir son médecin 2 fois par semaine, pour contrôler son état de santé.

En ce qui a trait aux mineurs, pour répéter Vocly Hervé, c’est une forme de délinquance de besoin. Juridiquement, le terme prostitution n’est pas approprié aux mineurs parce qu’ils n’ont pas l’âge légal pour donner leur consentement. Dans leur cas, il faut parler d’exploitation sexuelle. Le phénomène zokiki, qui fait actualité en ce moment, en est une forme.

L’État a créé l’IBESR pour intervenir sur cette problématique. Et, la Brigade de la protection des mineurs (BPM) travaille en collaboration avec l’IBESR. «C’est difficile de résoudre ça, si nos responsables au niveau de l’État ne peut pas relancer la campagne contre le phénomène de zokiki.» a précisé le juriste haïtien Romain Julien Pierre, licencié en Sciences Juridiques.

Concernant les organisations des droits de la femme, la belle Sandie a déclaré qu’elles sont beaucoup victimes de la violation des droits sociaux des citoyens haïtiens. «Mais on ne voit pas les organisations ayant rapport avec nos droits nous venir en aide». Par ailleurs, la philosophe américaine Judith Butler affirme que « toute féministe digne de ce nom devrait s’occuper de la syndicalisation des prostituées».

Comme l’a mentionné Marlène qui offre ses services dans un club sur la Grand’rue, il y a d’autres institutions qui passent leur voir. «Ils nous apportent des préservatifs, accompagnant des docteurs pour nous examiner» dit-elle.

Combien de personnes sont victimes de la prostitution en Haïti? Ces femmes ont la misère en commun ; des enfants qu’elles élèvent seules et à qui elles doivent le pain quotidien. Quel est le rôle de l’État dans ce phénomène?

Snayder Pierre Louis

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À propos Snayder Pierre Louis

Né en novembre 1994, en Haïti. En 2015, Snayder Pierre Louis a fait son entrée dans le monde littéraire avec la publication d'un recueil de poème en créole haïtien, titré : "Kadans Kè". L'année suivante a marqué la publication de son second ouvrage, "Que les mots se souviennent", signé par les éditions de l'art (son projet d'édition). "Le mur blanc de ton nombril", son dernier ouvrage en date, est officiellement publié en mai 2017, chez GNK édition, à Abidjan, Côte D'Ivoire.
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