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Pwa grate ou le cri d’une révoltée

Temps de lecture : 4 minutes

« Pwa grate » est le titre du premier ouvrage de Jessica NAZAIRE paru en février aux Éditions de la Rosée. À travers ce livre, l’auteure se sert du lyrisme pour exprimer ses peines et dénoncer les dérives de la société haïtienne.  » Pwa grate  » est plus qu’un poème, mais un dictionnaire.

L’aînée d’une famille de quatre enfants, Jessica NAZAIRE de son nom de plume Lee, est née à Port-au-Prince le 17 Juillet 1997. Elle a fait ses études primaires au collège Inter Familia et ses études secondaires au Lycée Marie Jeanne. A la fois poète et journaliste, elle termine ses études en Droit à l’Université d’État d’Haïti.

Lee fait partie de ces jeunes haïtiens qui ne laissent rien passer au hasard. Élevée dans une famille chrétienne où il y a pleins d’interdits, pour s’évader, elle n’a trouvé mieux que l’écriture. Sa vie est donc marquée par les mots de Jean Rouaud : « l’écriture est un exercice spirituel, elle aide à devenir libre. » Ainsi depuis 2013, elle n’a pas arrêté de peaufiner notre réalité avec des vers les uns plus beaux que les autres. Elle a participé dans plus d’une quinzaine d’anthologies tant qu’en Haïti qu’à l’étranger . La dernière en date parue en novembre 2018, est un recueil de poème collectif regroupant cent vingt-trois (123) poètes à travers le monde et dirigé par Pablo Poblète, directeur de la collection poètes francophones planétaires.

Le 28 octobre 2018, elle a décroché le premier prix du concours de poésie organisé par Mus’elles sur la dilapidation des fonds du Pétro Caribe, lancé le 27 septembre de la même année.

Choisir un(e) auteur(e) préféré(e) demeure un dilemme quand on a le goût de la littérature. Cependant, elle a cité Georges Castera qui selon elle, est l’exemple parfait d’un engagé de la littérature. Ce dernier arrive à amalgamer esthétique, politique et littérature.
« C’est aussi un poète qui arrive à se nourrir à la fois du quotidien et de l’imaginaire. »

Pour la jeune poète de 21 ans, il n’existe pas de recette miraculeuse pour écrire si on est pas un amoureux des mots en plus d’être patient et persévérant :
« La passion ne suffit pas, un travail de longue haleine est aussi nécessaire. »

C’est la raison pour laquelle elle nous offre « Pwa grate », un ouvrage d’une quatre-vingtaine de pages traduit dans un langage lyrique regorgeant une panoplie de sentiments tels que l’amour, le chagrin, la frustration et l’espérance. Le texte de Lee se veut dénonciateur en n’épargnant personne. A travers cet ouvrage, chacun a son nom inscrit quelque part.

Pwa grate est aussi le cantique d’une femme prisonnière des dogmes religieux que l’écriture a libérée. Lee, est cette femme à la fois mélancolique et flegmatique qui fait de sa plume,fille de ses ressentiments:

Lanmou m pou ou
Se te pi bèl kantik nan bouch zanj
S on kout bagèt
Ki t ap kole moso lalin
Mare anba je n
S on powèm ki te bay lòt fanm kò kraze

Poutan relijyon di m
Akokiye santiman m
Relijyon di m kò w se ma siklòn
Leta ap debat

Relijyon di m pa renmen w
Ou s on move kout zegwi
Nan woulèt limanite

Si Térence avait déclaré : « Je suis homme et tout ce qui est humain ne m’est étranger. », Jessica Nazaire fait partie de ce registre de poètes qui ne laisse rien tramer sans qu’il le dénonce ou le chante à travers leurs écris. Ainsi, nous lisons à travers ces quelques vers à la page dix-sept:

Pa dim ou pa wè
Tout pankat sou granri
Pran fòm fanm
Timoun channmas goche
Nan pote vid peyi a nan kò yo.

Pa dim ou pa wè swè fwon n
Pa ka twoke kòn ak dola ameriken
Epitou mizè fè kòlè sou nou

Chaque vers dans ce poème est un cri tantôt de chagrin tantôt d’aveux. Autrement dit, ce poème demeure la caricature prosaïque de la société haïtienne :

Se mwen ki ka di w
Kouman lapli fè arivis
Le metewo fè repòtaj sou li

Kouman lanmò vizite n dri
Lè gran ravin ak lasalin avili palmantè

Mande m
M a di w kouman gaz monte
Tresayi lari
Takle pye diskou laprezidans

Si vous tenez vous aussi à retracer votre nom ou votre quotidien à travers cet ouvrage, vous êtes d’ores et déjà invité à passer prendre votre exemplaire au prix de trois cents gourdes (300 gds) au Festival Pawoli qui se tiendra du 14 au 17 Mars au local de l’Alliance française aux Gonaïves.

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À propos Michelle Archille

Je suis Michelle Archille, je suis née à Port-au-Prince en 1997. Étudiante en Droit et Journaliste de formation, je me sers des mots pour dénoncer les maux du pays.
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