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Quand les réseaux sociaux accusent et jugent

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Aujourd’hui, tout devient viral en un seul clic. Une publication, une photo, un commentaire suffit pour redorer le blason ou ternir l’image du particulier ou de la grande célébrité de la toile. Le hic c’est que le jugement, la demi-vérité ou tout simplement la calomnie peut venir de n’importe qui du moment qu’il est en possession d’un smartphone. Si l’intérêt vient un peu plus démocratiser l’accès à l’information et semble donner la parole aux sans-voix, on comprendra cependant qu’un clic, un partage sous couverture d’anonymat peut conduire à des désastres souvent irréversibles. À l’ère où l’opinion publique compte plus que tout et où la vérification de l’information devient une tâche apparemment trop difficile ou ennuyeuse, nous sommes bien obligés d’admettre que nous sommes ce qu’on dit de nous.

Aujourd’hui, tout est branding ! Au lieu de dépenser des millions en marketing, internet permet de le faire en de simples hashtag et quelques clics. Certains les utiliseront pour augmenter leur côte de popularité. Il est aussi commun d’utiliser des plateformes telles que Facebook et Youtube pour jauger les performances des postulants de certains concours de Miss et de Mister. Des écoles, des universités, des institutions de renom une fois inscrites sur les médias sociaux offrent la possibilité aux écoliers, aux universitaires, aux clients et aux abonnés de donner un jugement sur la bonne marche de celles-ci. Ce qui ne fera que prouver que les réseaux sociaux accusent, jugent et prononcent, autrement dit, ils créent un climat propice à la participation des individus. Les réseaux sociaux deviennent le miroir où les personnes physiques et morales soignent leur image de telle sorte qu’elles puissent faire bonne impression. Ce qui devrait permettre une nette amélioration de la qualité de service.

Cependant, là où le bât pourrait blesser renvoie à la qualité des juges. Avec internet, tout le monde peut intervenir sur tout : pas besoin de diplôme ou de licence pour être à la fois médecins, avocats, politiques, critiques litteraires et/ou artistiques. S’il est vrai que la raison demeure la chose mieux partagée, il reste néanmoins important de marquer la différence entre un expert et un profane. On parlera alors de tout, commentera et notera tous les actes même ceux relevant de la vie privée.

L’internet a aussi changé la donne en Haiti. Qui se souvient du slogan de campagne nèg bannann nan, accompagné du hashtag #Jovenel2016 ? Cette simple expression utilisée par l’équipe de Jovenel Moïse a beaucoup contribué à faire lui notre chef d’État. Cependant, Internet est une arme à double tranchant. Il est peut-être, mises à part les énormes erreurs de l’équipe Jovenel, l’un des pions à fragiliser la gouvernance de l’équipe Tèt kale.

Encore une fois, un hastag changera la donne : #KotKòbPetwoKaribaA? Encore une fois, cette question posée en gras a déferlé la chronique et en quelques semaines, l’affaire PetroCaribe est passée d’une simple question sur la toile à l’une des plus grandes mobilisations populaires haïtiennes du siècle avec beaucoup de chances de déboucher sur un procès. On se souviendra aussi du challenge #unfollowjovenelmoise sur Twitter. Ah oui… l’internet est aussi politique.

Les réseaux sociaux accusent, jugent et prononcent parce n’importe qui avec une certaine audience peut, à lui tout seul, devenir un média social et influencer notre mode de vie. Il peut, à sa guise, indiquer ce qui est bon ou mauvais, choisir en qui nous devrions croire ou pas. L’internet, c’est aussi une blague qui peut tourner en catastrophe pour un artiste ne sachant pas comment profiter d’une situation (l’affaire Paska). De nos jours, après chaque opus d’un artiste, chaque discours d’un personnage public, les commentaires sont là pas seulement pour apprécier mais pour faire découvrir les écarts.

Les réseaux sociaux forment, déforment, reforment et mentent dans la seule optique de faire passer un point de vue. C’est littéralement la guerre aux Like (J’aime), aux commentaires ! Plus de Like peuvent être une véritable source de revenus. Le contenu en ce sens est secondaire. La vérité sera le tweet le plus retweeter. De fait, les gens vivent en conformité avec ce que leur imposent les médias sociaux. Ces derniers nous forgent une réalité dans laquelle il est difficile de s’en tirer sans un minimum de recul. Il conviendra de prendre l’exemple de l’homme d’affaires Réginald Boulos qui, en moins de six mois, l’année dernière est passé de l’homme le plus haï de l’ère métropolitaine à l’homme le plus en vu dans les médias traditionnels et nouveaux. Eh oui… l’effet du virtuel dans notre appréhension des choses !

Enfin, l’internet définit ce qui est à la mode. Ce qui tend à faire disparaître certaines traditions, moeurs et coutumes sous l’effet des grandes influences mondiales. Si le pouvoir aux internautes renvoie à une certaine forme de démocratie, ces derniers ne peuvent néanmoins décider qui peut être aimé ou haï. Si bon nombre de nos lois peuvent être, avec beaucoup de gymnastique, appréhender la réalité de l’internet, il reste néanmoins beaucoup à faire pour que la majorité ne l’emporte pas sur la raison car le salon du peuple n’est plus la rue mais les réseaux sociaux. Nous avons donc tous intérêt à le persévérer.

Wood Guerlin TELLUS

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À propos Wood Guerlin Tellus

Je suis Wood Guerlin TELLUS, étudiant en Sciences de Réhabilitation ( Ergothérapie ) à l'Université Épiscopale d'Haïti.
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