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Prendre un taxi moto à Port-au-Prince, un acte de foi

Temps de lecture : 4 minutes

Depuis un certain temps, la prolifération des taxis motos est un phénomène qui inquiète et pousse à de nombreuses réflexions. « Selon une enquête réalisée en décembre 2015, 450 points d’arrêts motos-taxis ont été repérés dans l’aire métropolitaine. », soutenait Carline Joseph Duval en 2017. (1)

Dans une capitale insalubre et envenimée par l’embouteillage, il est possible d’accumuler heure sur heure avant d’atteindre une destination. Parfois, une distance qui peut être parcourue en une trentaine de minutes exige plus d’une heure à cause de la longue file de voitures. Pour se libérer, certains ont souvent recours à un moyen de transport plus rapide et plus coûteux : la moto. En effet, un chauffeur de taximoto est souvent le sauveur d’un retard quasi-imminent à cause d’un embouteillage. Ces motos qui pullulent dans la capitale causent cependant beaucoup de dégâts et les lits d’hôpitaux en témoignent avec des personnes victimes d’accidents.

L’un des points importants est la formation douteuse de ces chauffeurs qui courent les rues avec des vies humaines. Ont-ils au moins une notion concernant le Code de la Route? Aucune formation théorique ni pratique pour la plupart. Certains ont tout simplement pris les rues après deux <<coups de guidon>> mettant leurs vies en grand danger. Et à propos, les mesures de précaution sont toujours négligées à savoir le double casque, la question d’avoir seulement deux passagers. Combien de taximotomen de la capitale utilisent casque, lunettes et genouillères?

L’autre aspect à considérer est le coût de la moto, supérieur au tarif de la course normale comme nous l’avions mentionné. Pour une course normale entre 10, 20 et 30 gourdes une moto demande dans les 50 jusqu’à 150 gourdes, dépendamment de la distance. Les moments favorables pour eux restent sans conteste les embouteillages durs à cuire et parfois les fortes pluies. Automatiquement certains haussent leurs prix pour plus de profits. Un étudiant coincé à Petion-Ville s’est vu dans l’obligation de payer 300 gourdes pour être déposé au centre-ville.

La mauvaise conduite des chauffeurs

A voir la conduite de certains chauffeurs, ça donne envie de renoncer à prendre une moto. Au milieu des voitures, les exercices d’acrobatie se multiplient. L’imprudence de certains ne connaît pas de limites et parfois les chauffeurs de véhicules à quatre roues les reprochent vertement ou les couvrent d’injures de toutes sortes. Il est clair que les accidents répétés illustrent la mauvaise conduite et les imprudences des chauffeurs. (2). Certains passagers ne transigent pas sur les principes, connaissant les dangers de monter à moto. C’est le cas de Djeff Calonges, souvent passager et quelques fois chauffeur: « Quand c’est moi qui conduis, j’ai confiance car je prends les précautions nécessaires. Je m’assure de la bonne santé de ma moto. Quand je prends un taxi moto, ce ne peut être la même chose mais je ne négocie pas pour autant certaines choses. Les chaussures du chauffeur. L’état de sa moto. Tous ces détails comptent. », nous confie-t-il. Micheline, quant à elle, se fait toujours le devoir de respecter certains principes personnels: « Je ne cause pas avec mon chauffeur. Une parole peut le distraire et nous mettre en danger, lui et moi. En tournant la tête vers moi, n’importe quoi peut arriver. Je préfère l’avertir dès le départ et je ne suis jamais pressée. Pinga l kouri avè m! »

Taxi moto et insécurité

Certains chauffeurs de taxi moto se plaignent de leur assiociation à la recrudescence de l’insécurité dans les rues. En effet, plusieurs actes de banditisme sont perpétrés par des individus à moto. Ce qui conduit à la stigmatisation de tous les chauffeurs. Entre fouilles serrées et mauvais traitements des policiers de la circulation, les taximotomen déplorent leur situation. Bien que, la plupart des fois, il s’agisse d’un contrôle sur l’équipement et la mise en règle pour les papiers légaux. Il est à souligner que ces chauffeurs ne sont point exempts des effets de l’insécurité criante. Dans plusieurs artères de l’aire métropolitaine, les motos sont volées et les chauffeurs tués. Certaines zones deviennent impénétrables à certaines heures et aucun chauffeur ne veut s’y rendre de peur de s’exposer à vol et agression.

Le taxi moto, un mal parfois nécessaire

Quoiqu’il en soit, les taxis motos aident plus d’un: le passager auquel le service est fourni, le chauffeur qui arrive à tant bien que mal à s’occuper de sa famille. Quelques parents prennent un abonnement pour leurs enfants écoliers, des étudiants font régulièrement le trajet à l’université à moto. Fort souvent, au beau milieu de la nuit, il n’y a qu’un taximotoman pour nous emmener d’un point à un autre. Jonas, un jeune homme de 28 ans taximotoman depuis deux ans, nous raconte que cette activité lui permet de rester lui-même: « C’est ce qui me donne mon pain quotidien. Avec je peux payer mon sabotay et tirer un petit quelque chose à la fin. »

Mais au regard de toutes les considérations précédentes, monter à moto dans la capitale est un vrai acte de foi. Pourtant ce secteur pourrait être plus utile si on fournissait aux chauffeurs certaines formations à propos du code de la route. Bien imbus, ils seraient à même de se protéger et de protéger la vie des passagers qui leur font confiance. Alors ces mesures réduiraient les accidents et permettraient de sécuriser le circuit. De ce fait, il revient aux administrations municipales de réguler le traffic et fixer le tarif des courses d’un point à un autre. Notons que le phénomène de prolifération des motos ne touche pas seulement la capitale mais également plusieurs villes de province comme Léogâne et Saint-Marc.

Witensky Lauvince

Références
1- https://lenouvelliste.com/article/170507/taxi-moto-un-defi-pour-haiti
2- http://www.loophaiti.com/content/accident-circulation-61-personnes-tuees-et-200-autres-blesses
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