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Ti-Paul, l’arme secrète

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Ti-Paul n’est pas en domesticité. Il a ses parents. Du moins, son grand-père et sa mère sont encore là pour lui. Du haut de ses dix ans, il est obligé, pour survivre, de s’adonner à la même activité que son grand-père : casser les pierres. Si le rêve de tout enfant de son âge, dans les conditions minimales de confort, serait de changer le monde, lui ne pense qu’à avoir une motocyclette à ses seize ans. Il ne songe pas à l’exhibition ou la course. Non ! Il veut tout simplement manger à sa faim.

À environ une cinquantaine de mètres du lit de la Rivière Grise se trouve la maison en terre battue du grand-père de Ti-Paul. Ce dernier, ancien aide-maçon, en plus de se faire vieux, souffre d’un rhumatisme l’empêchant de s’adonner à ses anciennes activités. Depuis deux ans déjà, il s’est reconverti en casseur de pierres. Sa stratégie : s’installer le plus loin possible de la Rivière Grise qui regorge déjà de casseurs de pierre. Il a préféré se mettre près de sa petite maison. Il est plus proche de ses voisins du ghetto du marché, Gran Rivyè, qui lui prennent ses pierres cassées en bourrette. Son arme secrète n’est ni plus ni moins que son petit-fils : Ti-Paul.

À l’aide d’une bassine en aluminium, ce dernier opère quotidiennement jusqu’à une quinzaine de voyages pour alimenter son grand-père en pierres. Le petit d’à peine 1m20 dit préférer travailler le matin : « Le matin, il fait frais. Je peux travailler beaucoup plus. Avec dix voyages, je fournis à Papy de quoi s’occuper pendant toute une journée. » Le questionnant sur le parcours constitué de pas mal de basfonds, Ti-Paul répond de la façon la plus candide qui soit : « Je bois beaucoup d’Akasan et je mange du maïs moulu. Cela me donne assez d’énergie. Enfin, je suis habitué. » Le grand-père de Ti-Paul, lui, est conscient de l’anormalité de la situation : « Oui… Il est trop jeune pour ces genres de travaux mais sans son aide, nous serions déjà morts de faim. Je me fais vieux ! C’est à peine si j’arrive à soulever mon marteau pour casser les pierres. C’est un bon garçon ! Il me propose son aide pour casser les pierres après les avoir transportées mais je le préfère à l’école. »

Cette activité leur permet à peine de joindre les deux bouts. Entre le loyer et la nourriture, il ne leur reste pas beaucoup de perspectives : « E kò nou n ap bat pou granmesi. Lè m pa vann, nou konn pase plizyè jou san manje. Se bon vwazinaj ki konn lonje nou lanmen. » Malgré l’apport de la mère de Ti-Paul, Maryse, une lessivière et femme de ménage, ils s’en sortent difficilement. Leur principale source de revenus reste la vente des pierres cassées dont les rouages sont activés par un enfant de dix ans.

Ti-Paul ne veut pas rester casseur de pierres comme son Papy. Ce métier est selon lui peu sûr. Voilà pourquoi il rêve d’une motocyclette : « Les gens sont toujours pressés. Ils montent toujours à moto. Avec une moto, je suis sûr de ramener au moins de quoi manger quotidiennement. » Il dit espérer pouvoir s’en acheter une à ses seize ans. Entre les périodes de disette intermittente, le souci du quotidien et les espérances d’un enfant-adulte, Ti-Paul, inconsciemment par ses corvées, permet à ses parents d’espérer. Il constitue leur arme secrète de survie. Ti-Paul est l’un parmi ses milliers d’exemples venant encore une fois prouver qu’interdire ne suffit pas…

Alain Délisca

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À propos Alain Délisca

Je suis Alain Délisca, un haïtien. Le reste n'est qu'explorations et heurs.
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