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Une « faim » douteuse

Temps de lecture : 4 minutes

Trop beau pour être vrai ! C’était ça la nouvelle chanson qu’entonnaient mes amis. On essayait toutefois d’être le plus discrets que possible: pas de photos sur les réseaux, de surnoms en public. On ne s’affichait pas quoi! C’est un peu triste à dire mais les gens détruisent les relations. Enfin , moi, je suis plus du genre fermé, réservé, surtout quand je baigne toujours dans cet océan d’incertitude.

Ma mémoire est toujours hantée par ces histoires passées qui m’ont fait tant souffrir. Le harcèlement de Medgine, la psychopathe qui épiait tous mes faits et gestes, Leila qui s’est laissée découvrir par la moitié des hommes de son bureau, et Gaëlle, oui, elle qui m’a rendu fou d’elle pour ensuite disparaître sans laisser de traces. J’en ai eu ma dose de trahison, de coeur brisé. Vous me pardonnerez ma méfiance car en effet, je ne fais plus confiance.

Avec Anastasia, c’était différent! Je me sentais heureux, sûr de moi. Je pouvais aller de l’avant, je souriais à nouveau. On franchissait une autre étape: je passais la prendre au travail, je l’aidais dans ses projets, à prendre soin de sa mère, une femme super joviale malgré l’âge. De son côté, elle me faisait des surprises à mon travail. Elle était mon coussin protecteur, ma confidente dans mes moments les plus sombres. Et que dire quand elle me surprenait avec un bol de mac and cheese… ! Elle savait comment me faire plaisir (Eh oui… tous types de plaisir! )

Cette nuit-là était spéciale: elle avait teint ses cheveux en or, elle venait d’obtenir son premier vrai job. J’étais aussi excité qu’elle. Elle chantait à tue-tête dans la rue, elle dansait. Je ne l’avais jamais vue aussi joyeuse. C’était clair, je n’avais plus de doutes, je ne voulais plus me passer de ce sourire! C’est son visage que je voulais voir en me réveillant tous les matins.

Je l’avais achetée il y a une semaine, avant de sortir, je l’ai mise dans ma veste. Ce soir j’avais un bon pressentiment. Elle voulait qu’on fête ça, juste elle et moi. J’ai décidé de l’emmener dans un restaurant chic. La table posée, le vin servi, je l’ai sortie discrètement de ma veste pour la donner au serveur, avec les bonnes indications et le timing parfait. Moi, Olivier, pour la première fois j’allais le faire. Un peu stressé mais ça en valait la peine. Son patron l’avait appelée, elle s’est rendue de l’autre côté de la rue pour éviter la cacophonie qui régnait. Ça m’arrangait en fait, car c’était le timing idéal pour le faire, quand elle allait revenir. Je l’ai mise dans son dessert au chocolat. J’ai donné ma petite caméra au serveur pour enregistrer toute la scène. J’en faisais peut-être trop, dira-t-on on, mais je voulais de quoi amuser nos futurs enfants.

J’ai reçu un message agressif de Medgine, au courant de ma nouvelle relation. Comme toujours depuis des mois, je n’ai fait que l’ignorer. Puis, mon attention se dirigea de préférence vers cet afflux de clients qui voulaient regarder par la fenêtre, (ahh mes compatriotes Haïtiens, fans de foule et de belles merveilles!) La musique dans la salle s’arrêta, pour laisser place à des cris au dehors. La conductrice s’était échappée….

Devant son corps, je restai figé, me demandant ce qui venait de se passer. On a dansé la première fois et je voulais qu’elle danse avec moi jusqu’à la fin. Je priais, je sentais les larmes ruisseller sur mon visage. Je ne pouvais pas savoir à ce moment, si oui ou non elle pourrait danser comme avant.

Mortel Olivier

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À lire aussi : J’ai faim

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À propos Olivier Mortel

Mortel Olivier est un étudiant en 5ème année de médecine, comédien dans Les Amants de la scène, et Coordonateur de YAD-HAÏTI (Youth Association for development) Il est passionné par tout ce qui touche l'art en général. Il aime exprimer ses observations, sa vision a travers ses textes.
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